Google Chrome s’empare du Web, littéralement. L’initiative de Google, relativement bien tenue secrète jusque là, est le fait marquant de la semaine, incontestablement. Et après quelques heures passées à voguer toutes voiles dehors sur Internet en l’utilisant, il s’avère être assez difficile à lâcher… Ce qui est plutôt bon signe !
Chrome serait-il le nouveau levier de croissance de Google ? Vraisemblablement. Car l’on a rarement vu Larry Page et Sergey Brin, co-fondateurs du groupe, être autant excités lors de l’annonce du lancement d’un nouveau produit. Surpuissance de l’Internet moderne avec son moteur de recherche qui fait la pluie et le beau temps sur la « Net Economie », son service AdSense qui fait autorité sur le marché de la publicité en ligne, et sa myriade de services à l’utilisateur, Google passe de l’autre côté du miroir, en devenant avec Chrome celui qui se vante d’offrir aussi le navigateur Internet de demain. « Les technologies de l’Internet sont fondamentales dans la société d’aujourd’hui. Tout ce que nous faisons, c’est de continuer à pousser toujours plus loin la plateforme Web […] Aujourd’hui, les gens font beaucoup plus de choses qu’hier sur Internet qui, pour beaucoup, est devenu un loisir à part entière et n’est plus seulement vu comme un outil de travail. Il fallait donc sortir de la logique Netscape Navigator et son architecture que l’on retrouve depuis 10 ans chez tous concepteurs de navigateurs Internet. Voici donc notre réponse au Web moderne : Chrome ». Pour Ray Valdes, analyste chez Gartner, cette prise en main de la communication autour de Chrome par les deux pontes de Google tend à prouver l’importance que revêt ce projet pour le groupe. « Chrome n’est pas l’un de ces projets Google révélés en bêta lorsqu’ils sont développés à seulement 20% et qui sont annoncés par un simple communiqué de presse […] Google a tapé fort cette fois-ci, avec un produit déjà bien fini, pensé pour le grand public, sur lequel la communication va être très forte » précise-t-il.
Niveau communication, impossible de le contredire tant Chrome s’offre une mise en avant de premier ordre sur Internet. On parle même déjà de phénomène Chrome, avec un nombre totale de téléchargements qui, s’il reste secret pour le moment, ne devrait pas tarder à faire l’objet d’un communiqué de presse de la part de Google… Les serveurs spécialisés dans l’hébergement de ce genre de programmes et même ceux de Google ayant été mis à mal les heures suivant la sortie de la bêta de Chrome. Et tout le monde souhaite tester les performances de Chrome, en visitant ses sites favoris d’abord, puis ceux utilisant des modules perfectionnés développés en JavaScript, en FLEX, ou autres, et enfin en allant faire un tour sur l’incontournable ACID3, protocole de test des navigateurs Web. C’est bien simple, depuis la sortie de Chrome, ACID3 est HS de façon quasi permanente suite à un trop grand nombre de requêtes. On attendra donc avant de se prononcer sur ce point précis, même si le test ACID2 est passé haut la main et sans embûche par Chrome. Nous y verrons donc surtout un signe de popularité qui ne trompe pas.
A l’usage, Chrome Bêta est donc on ne peut plus intuitif. Sobre avec ses lignes épurées, il ne s’encombre pas de barres d’outils et préfère mettre en avant son système d’onglets et sa barre d’adresse à tout faire, outil de navigation indispensable auquel se mêlent les fonctions de recherche. Avec Chrome, plus besoin d’ouvrir la fenêtre de Google, de Yahoo! ou de MSN pour lancer une recherche. Après avoir prédéfini quel moteur on souhaite utiliser, la recherche se fait de façon dynamique dès qu’un mot est tapé. La technologie n’est pas nouvelle, et le plugin de recherche Google pour Firefox existe depuis quelques temps maintenant, mais la place primordiale qui est attribuée à ce mode de navigation change tout de même un peu la donne avec un objectif avoué par Google : « fluidifier le surf ». C’est également dans cette optique qu’a été pensée la page d’accueil du navigateur, elle qui résume en vignettes les sites les plus fréquemment visités par l’utilisateur du navigateur et affiche ses favoris. Aussi, Chrome va vite, s’ouvre en un temps record et charge à la volée, tandis qu’il ne « crash » pas grâce à son traitement multi-tâches unique. Ceux qui ont essayé Chrome et ont lancé un petit « Ctrl + Alt + Suppr » se sont sans doute aperçu que chaque nouvel fenêtre occasionnait un nouveau processus. C’est là l’arme principale de Chrome, pour accélérer le traitement des pages d’abord, et pour contrer les plantages intempestifs ensuite. Car si l’une des pages ouvertes occasionne un problème de fonctionnement, ce n’est pas tout le navigateur qui plante, mais uniquement l’onglet concerné. Voilà qui n’est pas anodin.
Enfin, dernière fonction de Chrome à nous avoir alerté : sa gestion des données de navigation qui s’effacent en un clic pour un surf totalement incognito. Une option déjà présente dans Safari depuis longtemps, que Microsoft vient d’ailleurs d’intégrer à la dernière bêta d’Internet Explorer 8, et qui rencontre un grand succès auprès des utilisateurs pour une raison simple : elle évite toute sensations de tracking, et permet de ne laisser aucune trace de ses visites sur l’ordinateur utilisé… D’où le surnom de « Porn Mode » qui lui est souvent donné.
Bien entendu, il serait trop facile pour Google de révolutionner le marché des Web Browsers avec la version bêta de son premier navigateur. Tout n’est donc pas encore parfait dans Chrome, et plusieurs options non encore implémentées lui font défaut, ainsi que quelques petits soucis d’interface qui demandent encore quelques réglages. Déjà, comme son nom l’indique, il ne s’agit que d’une première bêta et les bugs, même s’ils se font discrets, participent encore au charme de la découverte. Aussi, Chrome ne propose pas encore d’option de synchronisation comme peut le faire Firefox. Impossible donc de retrouver ses raccourcis, ses favoris, et ses paramètres sur l’ensemble de ses ordinateurs. Dommage. Impossible également de ne pas s’inquiéter de savoir Google être capable, via Chrome, de collecter des informations sur les habitudes de navigation d’internautes sur le dos desquels il engrange des millions de dollars via son activité publicitaire. Enfin, Chrome semble consommer beaucoup de mémoire vive, contrecoup direct de la gestion multi-tâches précédemment évoquée. Heureusement, un gestionnaire des tâches intégré permet de mieux gérer sa consommation de RAM.
Rapide, stable, complet, bien pensé et ergonomique, Google Chrome a donc tout pour voler quelques parts de marché à ses principaux rivaux que sont Internet Explorer, Firefox ou Safari. Premier visé par Chrome : Firefox doit déjà être inquiet de voir Google, son principal associé en affaires, venir marcher sur ses terres. Et malgré les déclarations enthousiastes de John Lilly, PDG de Mozilla, il est évident que l’arrivée de Google sur le marché des navigateurs Web inquiète la fondation éditrice de Firefox. Et pour cause, Google a contribué à plus de 90% aux 66 millions de dollars de chiffre d’affaires que Mozilla a enregistré l’an passé.
Mais Pourquoi Google se lance-t-il sur ce marché avec Chrome ? C’est bien simple, Chrome va d’abord permettre à Google de collecter des données comportementales utilisées dans son algorithme de recherche, et pourquoi pas s’en servir pour booster la cohérence de ses outils publicitaires comme nous nous en inquiétions un peu plus haut. Aussi, il s’agit pour Google d’un nouveau pas stratégique, passant ainsi d’un service exclusivement en ligne à un outil universel installé sur la machine de l’internaute. Un pas de géant serions-nous même tenté d’écrire, quand on sait à quel point Google souhaite travailler sur la centralisation de ses services. Il ne serait donc pas étonnant de voir débarquer, dans la version finale de Chrome, une palette d’outils Google en ligne directement implantés à l’interface de Chrome, améliorant l’ergonomie et l’accessibilité de ceux-ci. Pour un futur virage offline ? Il est encore trop tôt pour le dire. En tout cas, Google souhaite visiblement s’opposer directement à Microsoft sur un marché qui est cher au géant de Redmond. Et là encore, il s’agit pour Google d’engager un nouveau bras de fer. Aussi, Tristan Nitot de chez Mozilla, comprend bien les raisons qui ont poussé Google à développer Chrome : « Imaginez comme il doit être pénible de dépendre de votre pire ennemi pour interagir avec vos clients ! » déclare-t-il en référence à Internet Explorer.
Si l’accueil de Chrome semble donc être plutôt bon, rien n’est encore fait pour Google. « Tout va se jouer dans les jours qui viennent. Avec la force de frappe de la marque, il y a fort à parier qu'il soit beaucoup téléchargé. Mais si le lancement des applications prend trop de temps depuis le navigateur, les internautes retourneront à Firefox. Ce n'est pas parce qu'un outil s'appelle Google qu'il est largement adopté et qu'il fonctionne » explique Olivier Andrieu, consultant indépendant, à nos confrères de 01net. Quoi qu’il en soit, l’arrivée de Chrome devrait stimuler encore plus l’innovation dans le domaine des navigateurs Web Open Source. Et pour l’économie du Web, Chrome pourrait aussi être une bonne chose à l’heure où les publicitaires s’inquiètent des fonctionnalités d’IE 8 qui ne sont pas sans remettre en cause les pratiques des agences de pub en ligne…
Pour le moment uniquement disponible sous Windows (XP et Vista), Google Chrome devrait bien sûr rapidement faire son apparition pour les utilisateurs de solutions GNU/Linux et Mac OS X.
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