Il y a plus de 8 ans, au début de l'année 2001, AMD et Intel signaient une série d'accords croisés. Ces accords permettent à chacun de bénéficier des technologies de l'autre et de les inclure dans ses propres produits de façon entièrement légale. L'un de ces accords concerne le set d'instructions au cœur de nos PC, le x86. Initialement introduites par Intel, ces instructions furent ces dernières années utilisées parfois légalement (AMD) parfois de façon nettement moins légale (Cyrix par exemple).
En octobre 2008, AMD annonce au monde son intention de se séparer de ses activités de fonderie. Une nouvelle société serait créée et récupérerait les ressources physiques (usines, employées, etc.), mais aussi virtuelles (brevets, etc.) d'AMD, liées à l'activité de fonderie. Un investissement conséquent dans la nouvelle société serait de plus effectué par une tierce compagnie, originaire d'Abu Dhabi. Dès cet instant, Intel indique qu'il suivra de près l'affaire, pour garantir la sauvegarde de ses propres intérêts.
Et maintenant ?
Début mars 2009, la scission est effective. La nouvelle compagnie, Globalfoundries, fait ses premiers pas dans le monde des fonderies. Au début de cette semaine, Intel est revenu à la charge, annonçant de but en blanc son intention d'annuler l'accord de 2001 sous 60 jours si aucun nouvel accord n'était conclu. Précisons tout de suite qu'il n'y a à l'heure actuelle aucune entité judiciaire impliquée, si ce ne sont les avocats et différents cadres en charge de ces affaires chez les deux protagonistes,
Pour le moment, nous en sommes donc au stade des menaces. AMD a tout juste utilisé l'autorité de régulation des marchés financiers américaine, la SEC, comme sorte de témoin. Concrètement, le fait est que si d'ici 60 jours aucun accord n'est conclu, Intel pourrait effectivement empêcher AMD de commercialiser des processeurs x86. Autant dire, tous les processeurs du fabricant ou presque ! Pire, Intel pourrait alors s'attaquer aux revendeurs de ces processeurs (même si ces derniers ont achetés des CPU avant cette affaire), Dell, HP, ou le revendeur du coin.
Ce qu'Intel veut...
Selon AMD, c'est d'ailleurs la cible réelle d'Intel, brandir une menace suffisamment forte pour qu'effectivement plus personne n'ait le courage de vendre des processeurs badgés AMD ! Ce dernier a d'ailleurs répliqué de plusieurs manières, mais nous y reviendrons plus tard.
Ce qui gêne Intel
Revenons sur le cœur de la dispute : pourquoi Intel pense qu'AMD viole l'accord de 2001 ? La réponse est extrêmement simple, et pourtant, hors acte de bonne volonté, extrêmement complexe à résoudre. C'est la façon dont AMD a « monté » Globalfoundries qui gêne Intel. Pour simplifier à l'extrême, ce dernier a peur que tous les futurs clients de Globalfoundries puissent exploiter la licence x86 confiée à AMD. Tous ? Principalement un en particulier, NVIDIA.
NVIDIA
Mais que vient faire NVIDIA dans cette histoire ? Et bien il faut savoir que la marque au caméléon a fait des déclarations plutôt agressives envers Intel ces dernières semaines. Intel avait débuté les hostilités en attaquant la plateforme ION. Plus récemment NVIDIA a indiqué qu'il « pourrait produire » dans « quelques années » un processeur x86. Au-delà des questions de compétences, répondues partiellement par NVIDIA précisant qu'il s'agirait d'un petit processeur avec des ambitions équivalentes (= un Atom), il y a là une question légale. Mais où NVIDIA va donc trouver une licence x86 pour produire son processeur ? En demandant gentiment à Intel ? Ce n'est pas vraiment une option... La seule réelle option serait de racheter une société possédant déjà une telle licence, et se battre en justice pour la préserver.
Où l'on en revient à Globalfoundries
Du point de vue d'Intel, Globalfoundries n'est pas une division d'AMD, c'est une société à part entière. Financièrement parlant, AMD indique posséder 50 % de Globalfoundries mais selon le point de vue, on peut considérer qu'il n'en détient en réalité qu'un peu plus d'un tiers. C'est déjà un premier point de discorde : qui possède réellement Globalfoundries à l'heure actuelle ? Deuxième point, le contrôle. AMD contrôle la moitié des voix au conseil d'administration, et donc pense pouvoir empêcher Globalfoundries de « partager » la licence x86. Pense ? Selon Intel, qui se base sur des déclarations officielles mais aussi sur des données confidentielles, Globalfoundries disposerait d'un droit de véto... sur AMD. C'est LE point clef de toute l'affaire : le contrôle de la licence x86. AMD dit qu'il est le seul et l'unique à profiter de cette licence et que rien ne changera. Intel pense le contraire. Pour l'instant, Globalfoundries reste silencieux.
Guerre des mots
Une guerre des mots a bel et bien éclaté entre Intel et AMD. Cela commence sur une simple explication de texte concernant l'accord de 2001, et cela va plus loin. Pourquoi parle-t-on d'accord de 2001 ? Parce qu’on ne sait que peu de choses sur cet accord. Et cela gêne Intel, qui aimerait bien nous prendre à témoin. Ce dernier pousse AMD à rendre public l'accord de la discorde. AMD indique qu'il veut bien, seulement en contrepartie, Intel doit révéler les différentes preuves à charge qui l'implique dans l'énorme procès antitrust, débuté en 2005 et gelé jusqu'en 2010, qui l'oppose à... AMD. Deuxième attaque, Intel a tort, et ne s'est lancé dans cette opération que pour nuire à AMD (cf. Ce que Intel veut ci-dessus) et si ce dernier passe à l'acte, AMD répliquera et empêchera Intel de profiter des technologies qu'il partage. Sont citées, le 64 bit, ou encore les contrôleurs mémoire...
Épilogue ?
Assurément, nous allons encore entendre parler de cette affaire pendant quelque temps. 60 jours au moins, ce qui nous amène à juin, le Computex, le soleil, les vacances... L'affaire sera-t-elle réglée d'ici là ? Nous vous tiendrons évidemment informé des derniers développements de ce qui s'annonce comme la saga du printemps.
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