Nous sommes allés à la rencontre de Qobuz.com, une initiative française intéressante à plus d'un titre sur le marché saturé des plateformes de téléchargement légales de musique. Un portail qui mise sur la différenciation par la qualité pour s'y faire une place, et qui ne manque pas d'arguments...
« Pourquoi payer pour un fichier MP3 d'une qualité similaire à celle que l'on obtient en piratant, et qui, de toute manière, ne sera valable qu'à court terme puisque le numérique tend à dépasser, en terme de qualité, ce que propose l'analogique ? », se demande Yves Riesel, directeur de Qobuz, le site avec lequel il répond à cette problématique. Un portail qui permet de télécharger des fichiers numériques de musique d'une qualité équivalente, voire supérieur dans certains cas, à celle proposée par le CD ou le vinyle.
Vous l'aurez compris, Qobuz s'adresse aux mélomanes, mais revendique tout de même un statut de multi-spécialiste qui vise à lui permettre de chasser au-delà des frontières des seuls Jazz et Classique. Il est d'ailleurs intéressant de voir que le catalogue Qobuz ne consiste pas uniquement au listing des catalogues des Majors et Labels partenaires. En effet, tenant également un rôle de magazine, Qobuz profite d'une équipe éditoriale spécialisée chargée d'animer les différents rayons et de motiver les choix d'albums vendus. Sont par exemple renseignées les conditions d'enregistrement, et chaque fiche produit est accompagnée d'un texte explicatif de l'intérêt de tel ou tel album. Une aide précieuse dans l'objectif de créer sa discothèque idéale.
Différence et positionnement
Techniquement, la norme d'encodage minimale est le MP3 en 320 Kbits. Mais le cheval de bataille de Qobuz, c'est le LossLess, un format sans compression égalant la qualité du CD. Qobuz n'est d'ailleurs pas peu fier de posséder l'un des catalogue les plus fournis au monde en LossLess. Enfin, certains albums et morceaux sont disponibles en Studio Master, pour une qualité meilleure que sur CD puisque les fichiers numériques sont réalisés à partir des pistes enregistrées en studio auxquelles seuls les ingénieurs du son avaient accès autrefois. « Les supports de stockage évoluent rapidement, on parle désormais en To. Les connexions offrent des débits importants. Ça y est, le numérique nous donne les armes de dépasser la qualité analogique. Servons nous en (…) Pour le moment, cette qualité n'intéresse qu'une niche d'utilisateurs, mais va devenir la norme petit à petit » explique Yves Riesel.
Seul problème à nous interpeller, le prix. Si l'on prend, au hasard, l'intégrale du Jongleur de Notre-Dame de Massenet, chanté par Roberto Alagna, on a le choix entre l'album en 320 Kbits vendus 19,99€, ou à la qualité LossLess (équivalente au CD) à 25,99€. En prix vert à la Fnac, le CD, physique, est vendu 17,99€. Nous sommes peut-être tombés sur un mauvais exemple et Qobuz a aussi son rayon « petits prix », mais la politique tarifaire est troublante. Réponse de Yves Riesel, un peu embarrassé : « Il est vrai que sur certains produits, nous devons encore nous positionner. Mais globalement, si nos prix sont plus élevés que ceux de la concurrence (iTunes, Fnac, Amazon, ndlr), cela s'explique par la qualité de nos fichiers, rarement égalée, et le travail éditorial de notre équipe (…) Vous savez, il y a un autre facteur. Vu la pente raide sur laquelle se trouve le marché de la musique, je vous garantis que dans quelques années, il n'y aura plus d'intérêt pour les Labels à éditer sur CD de nombreux albums plus confidentiels qui ne seront alors disponibles qu'en téléchargement. Alors, nous serons prêts. »
Interview : Yves Riesel (Qobuz.com)
> Tout d'abord, pourquoi Qobuz ?
Je suis un grand amateur de produits glacés et même si leur nom est imprononçable, tout le monde connaît Häagen-Dazs. Je pense donc que le nom, peu importe s'il est bizarre ou non, doit être facilement mémorisable. Et je suis sûr que Qobuz reste en tête lorsqu'on l'entend.
> Pensez-vous, toujours dans le soucis de qualité qui vous caractérise, pouvoir vous attaquer au marché du streaming ?
C'est effectivement quelque chose que nous allons faire. Nous ne voulons pas nous précipiter afin de mettre en place les bons outils nous garantissant une qualité d'écoute et de diffusion optimale. Nous allons nous lancer sur le marché du streaming avec un modèle payant, car je ne crois pas au gratuit sur Internet, et de récents phénomènes commencent à me donner raison. Nous serons, je pense, juste un peu plus chers que certains concurrents positionnés sur le streaming payant. Pour ne rien vous cacher, on réfléchit à un abonnement mensuel d'un peu plus de 10€.
> Une seule Major manque à votre catalogue, Warner. Pourquoi cela ?
Parce que Warner ne propose, à personne, son catalogue dans une qualité d'encodage supérieur à du MP3 256 Kbits. Le minimum technique requis pour être vendu sur Qobuz n'est donc pas atteint. Et pourtant, nous aimerions énormément pouvoir travailler avec Warner qui a un catalogue très intéressant pour nous. J'espère sincèrement que leur politique de qualité évoluera rapidement.
> Nous l'avons vu, Qobuz.com est assez cher. Pensez-vous mettre en place des formules pour les gros consommateurs ou les petits budgets ?
Pour les petits budgets, nous avons déjà une section petits prix qui fonctionne bien et qui permet de s'offrir un album en 320 Kbits pour moins de 5€, ce qui est une très bonne affaire. Pour les gros consommateurs, nous annoncerons bientôt les modalités du Pass Qobuz. Nous discutons actuellement avec les producteurs pour pouvoir offrir un forfait alléchant aux consommateurs gourmands.
> Enfin, quel investissement représente Qobuz et quels sont vos objectifs ?
Au total, Qobuz.com est un projet qui représente 3,5 millions d'euros d'investissements. Mais les mutations du marché, actuelles et à venir, nous permettent de nous projeter favorablement à court terme. Notre objectif, avoué, est d'approcher des 10% de parts de marché dans 2 ans.
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