Intel inculpé pour corruption aux États-Unis

Publié le 05 novembre 2009 , par Florian Vieru - mis à jour le 06 novembre 2009 à 12h - dans Hardware - Mots clés : Intel, New York, AMD

Le géant de Santa-Clara vient d'être officiellement inculpé pour corruption et coercition sur une période de 5 ans. Intel aurait empêché certains fabricants d'ordinateurs de proposer des machines à base de solutions AMD...

Ces dernières années, Intel a été la cible d'enquête pour corruption en Europe, ou il a reçu une amende de plus d’un milliard d'euros, au Japon, et en Corée. C'est aujourd'hui aux États-Unis qu'Intel est inquiété. Le procureur général de l'état de New York, Andrew Cuomo, a ainsi porté plainte contre Intel. Cette plainte n'a cependant pas été déposée à New York, mais dans l'état du Delaware, où est basé Intel.

Après deux ans d'enquête, le procureur a acquis la conviction qu'Intel aurait utilisé la corruption et la coercition pour garantir son monopole. Si la plainte paraphrase quasiment celle de la Comission Européene, elle apparait cependant comme nettement plus détaillée. Intel aurait par exemple offert 2 milliards de dollars de rabais à Dell en 2006 (année ou AMD était à son mieux) sur un total de 6 milliards entre 2002 et 2007.

Certaines années, ces rabais représentaient plus que les bénéfices du fabricant de PC ! Dell n'est pas seul dans ce cas, puisqu'IBM et HP sont aussi cités, le premier ayant affirmé qu'il coopérait avec l'enquête. Pour la partie coercitive de ses agissements, Intel aurait menacé et puni certains fabricants d'ordinateurs qui auraient travaillé trop étroitement avec AMD.

Les menaces auraient été très larges, allant de l'arrêt des rabais à la fin des liens établis entre les deux sociétés (l'industrie informatique est bien connue pour les connexions qui lient certains partenaires, certaines de ses connexions étant parfois vitales pour le membre le plus faible de ces alliances). Pire, Intel aurait menacé de financer la compétition d'un fabricant qui n'aurait pas été aussi docile que le fondeur le souhaitait.

Dans une des pièces à conviction, un email interne à Dell, la citation suivante restera marquée dans les mémoires « Intel is prepared for jihad if Dell joins the AMD exodus » ou « Intel est prêt au Djihad (à la guerre sainte) si Dell rejoint l'exode vers AMD ». Après un entretient avec un représentant haut-placé d'Intel, le COO (Chief Operating Officer) de Dell, Kevin Rollins, avait affirmé à son CEO (Chief Executive Officer), président et fondateur Michael Dell qu'Intel était prêt à tout faire (« whatever it takes ») pour empêcher Dell d'acheter des puces AMD. Les rabais trimestriels du fabricant de PC ont subitement chuté à la fin de l'année 2006, quand Dell a lancé son premier serveur AMD.

Les mails internes des sociétés concernées peignent un tableau très sombre, ou ces dernières se demandent si aller à l'encontre d'Intel serait une bonne chose sur le long terme. Rappelons que le coeur de ces transactions à lieu à un moment ou AMD est en position forte, avec des solutions aussi voir plus performantes que celles d'Intel. Si ces sociétés avaient effectivement pris la décision de « passer » à l'autre camp, on ne peut que s'imaginer quelles en auraient été les conséquences quand on voit l'évolution des produits AMD après sa période de gloire.

Intel a réagi de la même façon qu'à chaque fois qu'il a été impliqué, en niant en bloc toute malfaisance et en indiquant que les consommateurs n'ont pas été lésés par ses actions. On peut déjà imaginer qu'une partie de la défense du géant de Santa Clara s'articulera autour de la personnalité du principal plaignant. Le système judiciaire américain est fait de telle façon que la personnalité des procureurs entre souvent en jeu dans les affaires qu'ils traitent, et Andrew Cuomo pourrait subir des critiques dues à ses ambitions.

Ancien ministre de Bill Clinton, il est le fils d'un ancien gouverneur de l'état de New York et depuis de nombreux mois, des rumeurs courent sur sa participation aux prochaines élections pour ce poste, qui auront lieu dans un an. Il s'est récemment lancé dans de grosses affaires contre certaines sociétés et est connu pour être au coeur de nombreuses controverses.

Si on ne peut juger de la culpabilité d'Intel avant que l'affaire ne passe au tribunal, les précédents dans le domaine sont plutôt accablants... Affaire à suivre (c'est le cas de le dire) !

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Dernières réactions

Oleg - ( 1 approbation ) - le 05/11/09 à 14:03
Je préfère ne pas trop penser à ce que serait le marcher des microprocesseurs aujourd'hui si Intel n'avait pas agit de la sorte, parce que ça me mets vraiment mal..

Enfin si pensons-y, de bien meilleures performances pour des prix bien plus intéressants.

L'innovation a 3 ans de retard.
tomarsupilami - ( 6 approbations ) - le 05/11/09 à 16:05
En même temps avec le manque à gagner, AMD aurait PEUT-ÊTRE pu investir davantage en R&D... Je ne vois pas en quoi la corruption peut agir positivement dans ce cas. C'est un peu comme ceux qui se félicitent de voir ATI ou Nvidia au bord du précipice, où est l'intérêt pour nous de voir émerger un fondeur tout-puissant qui va tout se permettre ?
ilyon - ( 1 approbation ) - le 05/11/09 à 18:22
En même temps, c'est pas une nouvelle; d'une part, c'est monnaie courante quand des sommes astronomiques et une notoriété sont enagées, et d'autre part, c'est pas comme si intel n'avait pas refait le même coup à nvidia au niveau des chipsets.
Ca s'appelle la haute finance, milieu incompréhensible aux g33ks et aux passionnés.
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