Une agence gouvernementale américaine vient de porter plainte contre Intel, pour des malversations concernant aussi bien le marché des CPU... que celui des GPU !
Hier en fin de soirée, la commission fédérale américaine du commerce (Federal Trade Commission, FTC) a annoncée avoir déposé plainte contre Intel, pour de multiples malversations. Voilà un mois, la firme de Santa Clara signait un accord avec son concurrent de toujours, AMD, et on aurait pu croire que c'était la le dernier acte d'une longue bataille portée sur de nombreux fronts. Il n'en est rien, en effet les ennuis judiciaires ne font que commencer pour Intel, le fondeur le sait bien puisqu'il vient d'engager un spécialiste de ce genre de dossier pour être le fer de lance de son équipe d'avocats.
Les actions d'Intel ont été la cible d'enquêtes en Europe (1,06 milliard d'euros d'amende), au Japon, et en Corée (16 millions d'euros d'amende). La FTC avait débuté ses investigations en juin 2008 et la plainte déposée hier marque un tournant dans cette affaire. En effet, le choix des trois commissaires, sur les cinq que compte la commission, de passer par un procès n'était pas une étape obligatoire. Habituellement, la FTC cherche une solution à l'amiable mais les négotiations n'ont donc pas abouti cette fois-ci. Intel avait probablement anticipé cet échec en engageant son super-avocat.
Une attaque... restreinte
Débutons avec les technicités. La FTC engage des poursuites contre Intel dans le cadre de la section 5 de sa loi fondatrice. Cette section est habituellement peu utilisée car elle permet d'obtenir des résultats qui sont contraignants, mais qui ne sont pas « réparateurs » . En comparaison, la section 2, nettement plus utilisée, permet par exemple aux clients victimes d'une « arnaque » de se joindre au procès, et fait peser sur la société ciblée le risque de subir un mélange d'amendes et de réparations portant la facture totale à un chiffre près de trois fois supérieur aux sommes en jeu !
Si Intel avait été attaqué dans ce cadre, les sommes demandées en réparation auraient pu atteindre les dizaines de milliards de dollars... Cela aurait été catastrophique non seulement pour Intel, mais aussi pour le reste d'une industrie qui repose, quoi qu'on en dise, pour bonne partie sur le géant de Santa Clara. Au final, en choisissant cette section 5, la FTC protège plus ou moins Intel, et assure peut-être le succès de son procès. Les jurés auraient probablement réfléchi à deux fois avant de porter un coup qui aurait probablement été fatal, à l'un des plus gros employeurs du pays, et à l'une des marques américaines les plus prestigieuses !
Intel entravait les performances des AMD
Les actions visées par la plainte peuvent être séparées en deux catégories, une première vague visant le marché des CPU, la seconde celui des GPU. Concernant les processeurs, la FTC se repose essentiellement sur les pratiques anti-concurrentielles d'ores et déjà jugées par la Commission Européenne, et qu'on peut considérer comme du passé puisque l'accord d'AMD y a définitivement mis fin. Quelques détails inédits sont notables dans le rapport de l'enquête qui a été rendu public. Les pots de vin, réductions, menaces visant des OEM tels que HP, IBM et Dell sont mentionnés, ainsi que les actions visant à rendre le très utilisé compilateur Intel partial vis-à-vis des solutions AMD (en désactivant l'implémentation des fonctions SSE et SSE2 lorsque le code était exécuté par un Athlon notamment).
Intel aurait aussi fait pression sur certains éditeurs de benchmarks, ce qui aurait ensuite conduit le géant de Santa Clara à faire de la publicité mensongère. On notera d'ailleurs que pour la FTC, la motivation d'Intel n'était pas tant d'empêcher une remontée d'AMD, mais plutôt de cacher le fait que ses propres produits n'étaient pas compétitifs (avec un effet similaire au final il est vrai). La période mentionnée couvre ici un laps de temps considérable, du lancement du premier Athlon, en passant par celui de l'Athlon 64 et de ses successeurs directs. La FTC a considéré les agissements d'Intel sur les dix dernières années.
Intel sous surveillance illimitée ?
On notera que si la FTC a choisi de poursuivre sa plainte tout en sachant que la victime de toutes ces affaires, AMD, ne pourrait être partie civile du fait de l'accord récemment passé, c'est que l'agence fédérale estime son dossier très solide. En théorie, tout les comportements néfastes du californien ont été corrigés depuis longtemps, c'est d'ailleurs la première réflexion d'Intel à l'annonce de la plainte le visant. En l'absence de possibilité de sanction financière, la FTC veut voir naître une entité chargée de surveiller les actions d'Intel, ce pendant une durée illimitée, pour l'empêcher de reprendre ses activités malveillantes. Ironie, c'est Intel qui devra assurer le financement de cette entité !
Du côté des requêtes plus insolites, Intel ne pourra plus dénigrer ses compétiteurs sans preuve (grosso modo, si Intel dit qu'un de ses processeurs est meilleur que celui d'AMD, il devra avoir de très solides benchmarks, provenant de sources indépendantes, prouvant que c'est bel est bien le cas). Pour en finir avec les CPU, Intel ne pourra plus empêcher la réalisation d'un accord similaire à celui qui a permis la naissance de GlobalFoundries. Cela signifie par exemple que VIA devrait pouvoir « partager » sa licence x86 ... avec NVIDIA par exemple ?
NVidia : retour des chipsets pour CPU Intel ?
La seconde partie de la plainte, concernant les GPU, est plus intéressante. Tout d'abord, elle est complètement inattendue, y compris dans le chef d'Intel, dont la réaction à ce sujet est révélatrice. La société accuse la FTC d'avoir ajoutée ces accusations très récemment, sans prendre le temps de faire une enquête approfondie. Les conséquences des actions malveillantes d'Intel dans ce domaine n'auront pas eu (et ne continueront pas à avoir) un impact énorme sur AMD mais c'est plutôt NVIDIA qui joue ici le rôle de victime. On notera la réaction du président de NVIDIA à l'annonce de la plainte, Jen Hsun Huang indiquant que les conséquences de la plainte pourraient « complètement changer l'industrie informatique » et qu'il s'agit « d'un énorme pas en avant pour rétablir l'équilibre sur le marché », le tout entre deux commentaires d'auto-satisfaction et d'euphorie. Effectivement, la FTC veut forcer Intel à donner une licence QPI à NVIDIA, ce qui rendrait les futurs chipsets nForce compatibles avec tout les processeurs Intel récents. Le déblocage de cette situation offrirait un véritable bol d'air à NVIDIA, qui tire désormais une bonne partie de ses revenus de son activité chipset.
Larrabee : un vaporware contre le GPGPU ?
Le coup le plus sanglant vise sans aucun doute Larabbee, plus ou moins considéré par la FTC comme un quasi-vaporware, monté de toutes pièces avec pour objectif de limiter le succès des solutions de GPGPU. Intel voulait éviter un déclin des ventes de CPU, et surtout des modèles les plus puissants, ceux sur lesquels les marges sont les plus fortes, et donc une importante source de revenus. Si AMD va y gagner un peu, puisque cela donne tout de suite un coup de pouce à ses propres solutions GPGPU, c'est probablement NVIDIA qui serait une fois de plus le grand gagnant si Intel est reconnu coupable. Lorsque Fermi, qui a été conçu avec le GPGPU en ligne de mire, arrivera, l'autre originaire de Santa Clara pourrait faire un véritable carton, et effectivement faire de sa promesse de placer les GPU en opposition frontale avec les CPU, une réalité. Jen Hsun Huang pourrait être prophétique en annonçant une révolution sur le marché de l'informatique !
On notera aussi que la plainte de la FTC comprend un petit passage selon lequel Intel aurait volontairement trainé les pieds pour transmettre les informations nécessaires à l'implémentation des normes HDCP et USB à ses concurrents. Ce délai s'est parfois étendu jusqu'à la disponibilité effective des premiers produits basés sur ces normes en boutique. De nombreux acteurs de l'industrie s'étaient plaints de ces lenteurs de par le passé, y compris AMD et NVIDIA.
Évidemment, bien des choses sont encore en suspend et il reste bien des questions sans réponses claires. Par exemple, quelles seraient les conséquences d'une condamnation d'Intel sur ses projets d'intégration du GPU, tout d'abord dans le package du CPU, puis carrément dans son die ? Cela remettrait-il en question la direction prise par Intel ces dernières années ? Si AMD et NVIDIA devaient être les grands gagnants d'une condamnation d'Intel, le consommateur final en profiterait lui aussi. C'est véritablement une nouvelle ère qui pourrait se profiler à l'horizon, après une décennie entière de malversations... présumées.
La première audience est prévue (et il n'est pas inhabituel pour ce genre de procès qu'elle soit reportée) pour le 15 septembre 2010. L'affaire risque de durer de nombreux mois, sinon des années. Il ne faut donc pas s'attendre à une conclusion rapide, ce qui ne veut pas dire que des effets bénéfiques ne seront pas visibles rapidement...
|
|
Dell annonce des licenciements massifs, riposte des employés américains ? | Free Mobile est le quatrième opérateur tant attendu des consommateurs |
|
Imprimer
Envoyer
6 Réactions
76 Approbations




Flux RSS
Dernières réactions
PCMark en est un bon exemple -> http://tinyurl.com/bezm2h
Le 3e graph montre que lorsqu'on modifie le CPUID du Nano "CentaurHauls", par "GenuineIntel" ou par "AuthenticAMD", la bande passante mémoire du Nano n'est étrangement plus la même.
"PCMark 2005's memory subsystem test doesn't appear to be aware that Nano supports SSE2 and SSE3, and is instead running a decidedly less-optimized code path."
http://www.betanews.com/article/FT...1261014794