Aaron Swartz : disparition tragique d'un révolutionnaire du Web

Publié le par Michel Beck dans Internet

Il y a des textes que l'on préfèrerait ne pas avoir à écrire, surtout quand on réalise être un peu passé à côté de la vie d'une figure discrète de l'Internet d'aujourd'hui.

aaron swartzLa vie peut décidément être aussi cruelle qu'injuste. Alors que le monde numérique n'en a souvent que pour Mark Zuckerberg, Eric Schmidt ou Tim Cook, pratiquement personne ne parle d'autres vrais génies plus discrets. Ceux qui contribuent largement au développement d'Internet mais aussi à ce que des gens mal intentionnés ou tout simplement maladroits n'en fassent pas n'importe quoi. Aaron Swartz était de ceux là et il a malheureusement décidé de nous quitter le 11 janvier 2013 en se donnant la mort par pendaison au sein de son appartement de Brooklyn.

D'une intelligence rare, Swartz participe dès l'âge de 14 ans à l'élaboration de la spécification 1.0 du célèbre format Really Simple Syndication (RSS) que tant d'entre nous utilisent encore au quotidien. Loin de s'arrêter là, le bonhomme créera également le premier blog non officiel sur Google et, en 2005, il participera à l'aventure Reddit qu'il quittera suite au rachat par le groupe américain Condé Nast (The New Yorker, Vanity Fair, Wired...).  Là, il créera Jottit, un outil permettant de créer des pages Web en quelques clics de souris. Il sera aussi très impliqué dans la création de la fameuse licence Creative Commons et dans les combats contre les lois SOPA et PIPA.  

Mais sa vie commence à basculer le 19 juillet 2011 quand l'activiste se retrouve accusé d'avoir mis en ligne 4,8 millions d'articles en provenance du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et du système d'archivage en ligne de publications universitaires et scientifiques JSTOR. Un délit qui lui vaudra d'être poursuivi par un procureur américain particulièrement acharné vu que l'organisation JSTOR n'a en tout cas officiellement jamais été impliquée dans la démarche judiciaire. 

Pris à la gorge

Selon ses proches, la mort de Swartz est "le résultat d'un système judiciaire où l'intimidation et les poursuites excessives sont monnaies courantes" . Et d'ajouter :  "Les décisions prises par le bureau du procureur et le MIT ont contribué à sa mort".

Suite à ce tragique décès, le MIT a d'ailleurs décidé de diligenter une enquête interne afin de déterminer quel a pu être le rôle de l'institution dans le suicide d'Aaron Swartz. Beaucoup reprochent en effet au MIT de ne pas avoir pris parti pour un jeune homme risquant, lors de son futur procès programmé au mois d'avril 2013, jusqu'à 35 années de prison et 1 million de dollars d'amende.

Si l'on peut évidemment être tenté de hurler au crime contre tous ceux qui ont pu pousser Swartz à mettre fin à ses jours, il ne faudrait pas pour autant oublier que l'activiste était aussi un grand dépressif selon son ami Cory Doctorow. Et en effet, en 2007, Swartz rédigeait déjà à propos de la maladie sur son blog et évoquait alors la dépression dont il était victime. Il écrivait ainsi "la dépression est comme ça, elle débarque sans raison. Sortir prendre l'air ou faire un câlin avec une personne aimée ne vous aide pas à aller mieux. Seulement plus en colère d'être incapable de ressentir le bonheur qui semble envahir tout le monde autour de vous. Tout semble coloré par la tristesse".

Malade ou pas, il est difficile de croire que que le rôle joué par la justice américaine n'est pas pour quelque chose dans ce drame et si la pression judiciaire a contribué à la disparition d'un tel génie à qui l'on doit tant, nul doute que des dizaines, centaines voire milliers de petits Aaron Swartz en découleront dans les prochaines années. Car la vie a beau être injuste et cruelle, l'histoire de ce jeune homme plein de talent fait maintenant le tour de la planète.  


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