Pour Pascal Nègre, la Hadopi est efficace mais l'industrie musicale n'est pas sauvée

Le téléchargement de musique sur les réseaux P2P est en déclin, et les recettes des plateformes légales en augmentation. Merci la Hadopi, dit Pascal Nègre.

Pascal NègrePascal Nègre, président d'Universal Music en France, est l'un des principaux soutiens de la loi Hadopi dans l'industrie du disque. Il a fait, dans les colonnes de nos confrères des Echos, un bilan des effets de la riposte graduée et de l'activité de la Haute autorité. Un dispositif efficace selon lui, les chiffres "parlant d'eux-mêmes". "On constate que grosso modo, ce sont 2,2 millions de visiteurs uniques qui ont délaissé le Peer to Peer" explique-t-il, précisant un peu plus tard qu'il se base sur des chiffres de Nielsen.

C'est pour lui l'effet Hadopi qui explique ce recul, puisque la France est "le pays dans lequel le plus de gens ont quitté le Peer to Peer". Et s'il se réjouit, c'est parce que dans le même temps, on compterait 1,2 million de visiteurs uniques en plus sur les sites de téléchargement légal.

Vanter les bienfaits de la Hadopi en prônant une baisse du P2P, c'est écarter tellement de paramètres de l'équation...

On rappellera juste que ces tendances sont observées partout ailleurs, et sont difficilement à mettre au compte de la Hadopi. En effet, aux États-Unis par exemple, près d'un tiers des habitués au Peer to Peer ont changé de méthode de téléchargement entre 2007 et 2010, et dans le même temps les plateformes légales ont aussi vu leurs chiffres d'affaires augmenter. Deux phénomènes qu'il est difficile de mettre directement en relation. En effet, cette augmentation de l'audience des plateformes légales est davantage la résultante d'une modification des habitudes de consommation, bénéficiant d'un déversement des achats de CD.

Pour preuve, si le SNEP affiche une croissance de 22,7% (à 79,1 millions d'euros) des ventes de musique numérique entre janvier et septembre 2011, le marché de la musique ne voit pas pour autant ses recettes globales beaucoup progresser. Et aux États-Unis, les ventes de musique numérique ont dépassé celles de CD, sans qu'il n'y ait d'Hadopi.

En revanche, il faudrait prendre en compte l'émergence des solutions de streaming (légales et illégales) ainsi que l'explosion du téléchargement direct (Megaupload, RapidShare, Hotfile, etc.) pour être en mesure de mieux comprendre l'évolution du marché et les vrais effets de politiques répressives telles que celles mises en place par la Hadopi. Pour plusieurs observateurs, les offres de streaming à abonnement comme celles de Spotify ou Deezer auraient d'ailleurs fait beaucoup plus de bien à la musique que la Hadopi. Reste que Pascal Nègre a lui trouvé ses explications, c'est la Hadopi qui est en train d'aider l'industrie du disque à s'en sortir, même si "elle n'est pas encore sauvée", termine-t-il.

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Catégorie : Internet
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