Test : Castlevania : Lords of Shadow 2

A partir dans tous les sens, Lords of Shadow 2 aurait bien pu se perdre en route. Grâce en soit rendue à son gameplay agréable et exigeant, on mettra finalement ses quelques défauts sur le compte d'une équipe de développement qui a sans doute voulu trop bien faire.

Avec une vingtaine d'épisodes à son actif, répartis sur près de deux décennies, la saga Castlevania, qui nous narre la lutte ancestrale entre Dracula et la Dynastie Belmont, commençait à sérieusement tourner en rond d'un point de vue scénaristique. Une constatation qui a poussé MercurySteam, lors du développement du premier Lords of Shadow, à sortir du cycle sempiternel de renaissance de la bête et de sa Némésis, pour s'attacher à relater non plus un simple combat entre le bien et le mal, mais un funeste cheminement, celui qui allait conduire le nouvel élu, Gabriel Belmont, à devenir l'ennemi que sa famille combattait depuis toujours : Dracula. Au passage, ce titre en forme de reboot en profitait également pour introduire un nouveau personnage ambivalent et haut en couleur : Zobek, membre fondateur de la Confrérie de la Lumière, et habité par une ambition dévorante, qui lui fera passer un pacte avec Satan. Pacte, cela va s'en dire, qu'il regrettera amèrement par la suite.

CLOS2 10

Sachant cela, la première question que l'on s'est posée lorsque l'on a abordé ce test était la suivante : les développeurs se sont-ils montrés aussi inspirés pour la suite de cette tragédie ? Eh bien déjà, notre bon Zobek conserve son statut de personnage central, et se montre plus manipulateur que jamais. Comment Zobek a-t-il échappé au sort que lui réservait le PDG des enfers ? Nul ne le saura, mais au commencement de ce LOS 2, il n'a visiblement aucune envie de le recroiser, et fait appel à Dracula pour empêcher la venue de son ex-patron sur Terre. C'est d'ailleurs lui qui vient tirer Dracula de sa retraite, 1000 ans après que ce dernier ait tué Alucard, c'est-à-dire son propre fils Trevor Belmont. Problème : de son côté, monsieur le comte est resté plusieurs siècles dans un sarcophage et a besoin d'un peu d'exercice, afin de recouvrer tous ses pouvoirs. C'est par cette astuce de scénario que les développeurs ont maintenu une des grandes traditions des Castlevania : l'acquisition progressive des armes et des capacités du héros, qui ouvre en prime l'accès à de nouvelles zones.

CLOS2 03

Toutefois, il faut noter que la progression en jeu ne s'arrêtera pas au simple développement de vos aptitudes. MercurySteam a fait en sorte que votre éveil soit également l'occasion d'explorer la psyché d'un Dracula confronté à sa propre culpabilité, et qui va tenter de se réconcilier avec ce qu'il était avant sa transformation. A de nombreuses reprises, Dracula/Gabriel est tiraillé entre l'envie de retrouver ceux qui étaient les siens du temps où il inspirait de l'oxygène et expulsait du dioxyde de carbone, et celle de poursuivre sa carrière de Prince des Ténèbres, pour se venger de Dieu et de tous ceux qui ont trahi sa confiance. Un aspect qui sera pour beaucoup dans le plaisir que l'on prendra à suivre cette nouvelle trame scénaristique. Toutefois, l'ensemble n'échappe pas à quelques coups de mou, et si les retrouvailles avec Marie Belmont et Carmilla sont parfaitement mises en valeur, la portée des apparitions du fantôme de Trevor Belmont a du mal à dépasser le cadre du pop-up publicitaire chargé de nous vendre tel ou tel challenge.

Ca fait du bien d'en ch*** un peu

Le challenge, justement, parlons-en : comme on s'y attendait, Lords of Shadow 2 nous inflige une difficulté rafraîchissante. Rassurez-vous, cette dernière n'empêche jamais vraiment d'avancer (on finit toujours par venir à bout d'un passage récalcitrant en persévérant). Mais elle oblige le joueur à une certaine maîtrise, sans quoi la progression se fera de manière tellement brouillonne qu'elle en deviendra frustrante. L'exemple le plus représentatif de ce gameplay exigeant est la gestion de l'esquive. Dans la plupart des beat'em all récent, ce mouvement permet de se sortir automatiquement de situations compliquées, accordant une invincibilité temporaire à celui qui en use. Ce n'est pas le cas dans Castlevania, où la direction du plongeon sera aussi importante que son tempo, et pourra faire la différence, si par exemple, vous décidez de foncer droit sur un monstre pour le bousculer et annuler son attaque, au lieu de sortir de sa zone de frappe.

Le trio gagnant

Dans le même ordre d'idée, les trois armes sur lesquelles s'appuiera Dracula pour progresser dans l'aventure devraient combler les amateurs de bastons pointues. Et tandis que le fouet de l'ombre causera des dégâts normaux, sans consommer d'énergie, l'épée du néant infligera des coups faibles, tout en régénérant votre barre de vie. Les puissantes griffes du chaos, quant à elles, se chargeront de briser gardes et armures récalcitrantes. En complément, les ennemis tués avec un minimum de style, c'est à dire, en enchainant les combos sans soi-même être touché, libèreront des bulles d'énergie dont on se servira pour recharger au choix l'une de ses armes. Cette gestion des ressources ne sera pas à prendre à la légère, puisque certains ennemis nécessiteront que l'on fasse appel, par exemple, à un pouvoir associé à l'épée ou aux griffes. En outre, chacune des trois armes dispose de sa propre bibliothèque très fournie de combos au sol ou en l'air à débloquer, et dont l'efficacité dépend du type d'adversaire et de la situation. Ainsi, face à un démon qui fait sans cesse des grands moulinets avec sa flamberge, il vaudra mieux parer juste au bon moment pour casser son attaque avant d'enchaîner avec une longue série de coups. Contre une escouade de chevaliers portant armures et boucliers, ce sont à nos griffes du chaos qu'il sera préférable de faire appel.

CLOS2 14Les combos se débloquent classiquement en investissant des points d'expérience.

Associé aux nombreux artefacts que l'on récupérera (potion de vie, invocation de démon ou grenade ralentissant le temps), ce système de combat autorise donc toutes les variations. Pour autant, on trouvera sans doute que cette profondeur sera parfois sous employée, puisque des combats.. Il n'y aura finalement pas tant que ça. Certes, le jeu propose de nombreuses phases d'exploration et d'infiltration, mais pour être honnête, leur intérêt est des plus discutables. Pour ce qui est de l'exploration, sans être aussi libre que les titres de Rocksteady, l'influence des derniers Batman est nette. Le level design est ainsi un entrelact de longs passages linéaires interconnectés les uns aux autres par des croisements et des portails de transfert entre les deux principaux théâtres d'opération : la ville moderne et le château de Dracula. Un choix de level design qui a le mérite de laisser un peu de place à l'exploration en dépit d'une trame narrative forte.

CLOS2 13Difficile de prendre une capture d'écran de combat correcte avec tout ces effets de distorsions !

Pour ce qui est des séquences d'infiltration, en revanche, on touche là LE point faible du jeu. Une bonne séance d'infiltration implique en effet un minimum de réflexion, de choix et de recherche entre plusieurs itinéraires, afin de trouver le plus discret. Or, chaque fois que Dracula doit se la jouer fine, ses préoccupations consisteront plutôt à déterminer quelles capacités utiliser et dans quel ordre précis. Et très souvent, trop souvent, la solution est si évidente qu'on débranche vite le cerveau pour éviter de s'ennuyer ferme. L'intention est toutefois louable, et l'idée de se retrouver aux commandes d'un Prince des Ténèbres qui ne peut pas tout régler à coups de fouets renforce l'impression de fragilité émotionnelle que les développeurs ont souhaité lui attacher. Mais au risque de passer pour des gros bourrins, l'intérêt de ces passages, comme celui de tous les passages de plateforme, ne justifie pas qu'on y passe autant de temps dans l'aventure.

Un Dracula trop tard dans un monde trop vieux

Nous vous l'avons dit, après un long sommeil, Dracula est de retour dans une ville rétro futuriste. Le pitch est intéressant : confronter une figure éminemment gothique à un univers d'anticipation. Mais paradoxalement, ce sont les niveaux dans la ville moderne qui sont le moins inspirés. Très génériques, atteints du syndrome Devil May Cry, ils se composent pour l'essentiel de sous-sols lépreux, d'hôpitaux psychiatriques abandonnés et d'usines qui partent à la déglingue. Comparée à la folle audace architecturale dont fait preuve le château de Dracula, la ville fait pâle figure. Cela dit, cette virée dans l'ère moderne n'a pas que du mauvais, car elle donne l'occasion d'affronter les policiers anti-émeutes qui, avec leurs quatre bras, leurs mitraillettes, leurs boucliers et leurs jet-packs, tirent parti de toutes les mécaniques du jeu, et se positionnent comme les ennemis les plus intéressants à affronter en dehors des boss.

CLOS2 12
Pour un mec qui prétend agir discrètement, Zotek a une demeure un peu voyante...

Et puisque l'on évoque leur présence, notons au passage que les combats contre ces derniers remplissent bien leur rôle de climax de la baston. Entre les adversaires géants comme la Gorgone, et ceux à taille plus "humaine", mais sur lesquels il faut scrupuleusement user et abuser de routines d'attaque bien précises, il y a de quoi tour à tour s'amuser et s'exciter sur sa manette. La maîtrise des gameplay orientés action de MercurySteam s'est encore affirmée depuis Lords of Shadow, et s'ils s'en étaient tenus là, ce deuxième épisode aurait été une franche réussite... Un peu convenu, mais une réussite quand même. Au lieu de cela, on a finalement l'impression d'une expérience de jeu inégale, issue de la ligature de plusieurs type de gameplay qui ne se sont pas correctement hybridés. On comprend dès lors que cet opus ait été diversement apprécié par nos confrères. Cela étant dit, Il n'en reste ps moins de quoi se laisser entraîner par les nombreux développements du nouvel arc narratif initié par Lord of Shadow et Mirror of Fate, même si, sans doute trop tentés de reproduire le mariage des genres réussi par Rocksteady, les développeurs espagnols se sont un peu égarés en route. D'une chauve-souris à l'autre, la bouture n'a pas pris, mais peut on reprocher à un jeu de vampire d'avoir les dents qui rayent le parquet ?

CLOS2 05
Les architectures de l'immenses chateau de Dracula ont quand même méchament la classe !

LE VERDICT

Lords of Shadow 2 a tenté de sortir de sa zone de confort établie dans le premier épisode, et ne s'en sort pas sans casse ! Les phases d'infiltration inutiles, et les passages d’exploration/plate-formes dispensables occupent du temps de jeu que l'on aurait préféré voir consacré à ce qui fait la grande force du titre : le beat'em all riche et exigeant comme on l'aime. Toutefois, le jeu de MercurySteam s'en sort au final très honorablement, notamment grâce à son scénario très prenant.

Les plus
  • Le gameplay articulé autour des trois armes
  • Les niveaux dans le château de Dracula
  • La poursuite du scénario rebooté par le premier opus
  • Un rien de fan service bien amené
Les moins
  • L'infiltration plus pénible qu'autre chose
  • Les niveaux dans la ville finalement très génériques
  • La relation Gabriel-Trevor un peu sous exploitée

COMMENTAIRES

Aucun commentaire sur cet article.

Les commentaires sur ce document sont clos.

Publié le Par Damien Coulomb
Catégorie : Jeux Vidéo
Aucun commentaire
GALERIE D'IMAGES
POUR NOUS SUIVRE...
newsletter

ACTUALITÉS
Macworld
PCWorld