Test : Guild Wars 2

Figurez vous qu'hier, on a croisé Sauron dans le métro. On lui a demandé ce qu'il pensait de Guild Wars 2. Il a répondu ceci :"Un MMO pour les gouverner tous. Un MMO pour les trouver. Un MMO pour les amener tous et dans les ténèbres les lier". C'est plutôt bien résumé, non ?

A la rédaction, on s’en souvient encore comme si c’était hier : un mardi, vers 16h. Nous étions en mars, mars 2007, et le ciel parisien affichait un joli bleu annonciateur de printemps. Sur nos boîtes e-mail, comme sur tous les sites spécialisés du monde entier, la nouvelle venait de tomber : ArenaNet se lançait dans le développement d’un second opus pour sa licence Guild Wars. Quelques lignes, sans plus de précisions, qui allaient changer la vie de millions de fans de jeu en ligne. Dès lors, eux, comme nous, ne joueraient plus par plaisir, mais par dépit. « T’as essayé la dernière extension de WoW ? » « Oui, c’est sympa, mais tu sais, j’attends surtout Guild Wars 2 ». « Tiens, t’as vu ? Rift est enfin sorti ! » « Ah ouais ? Et Guild Wars 2, toujours pas de nouvelles ? ». Sans rire, combien de fois avons-nous entendu ces rengaines sur des forums, sur des canaux de chat, ou entre amis autour d’un délicieux jambon beurre ? Sans arrêt. Et le phénomène n’a fait que s’amplifier au fur et à mesure que l’on se rapprochait de la date de sortie.

Oui, sans aucun doute, Guild Wars 2 mérite de disputer auprès de Diablo III le titre de jeu le plus attendu de la décennie. Pourtant, malgré l’engouement qu’il suscite, il faut avouer que le choix d’une sortie en 2012 n’était pas forcément évident. En effet, ce n’est pas moins de quatre MMORPG d’envergure (cinq si l’on y ajoute Star Wars : The Old Republic sorti en décembre 2011) qui se dressaient cette année en face d’ArenaNet. Des titres de qualité, souvent portés par des licences ou des univers forts, et en face desquels notre poulain allait devoir faire la différence, au-delà du simple argument économique, puisque rappelons-le, Guild Wars 2 n’impose aucun abonnement mensuel. Le développeur américain s’est-il montré à la hauteur des espérances que l’on plaçait en lui ? Mouhahahaha… Comme si vous ne connaissiez pas déjà la réponse ! Mais bien sûr, qu’ils ont assuré ! Mieux encore : ils nous livrent un titre dont chaque élément a été parfaitement pensé, équilibré, et peaufiné. Bien… Maintenant que nous avons évacué le principal sujet de questionnement (le jeu est-il bon ou pas), servons nous un p’tit café, installons nous confortablement, et étudions de plus près ce que la bête a à nous offrir…

Captures d'écran Guild Wars 2 (2) Captures d'écran Guild Wars 2 (3) Captures d'écran Guild Wars 2 (1) Captures d'écran Guild Wars 2 (4)
Le choix fut difficile, mais c’est finalement le rôdeur qui l’a emporté (et notre ours s’appelle Pitié).

Un expresso plus tard

Si l’on regarde Guild Wars 2 dans son ensemble, la première chose qui frappe, c’est que le titre n’offre finalement rien de très original par rapport aux autres MMO du marché : de l’exploration, du PvE, des instances, du PvP sous forme de champs de bataille, du crafting, ou des affrontements monde contre monde… Clairement, la marque de fabrique d’ArenaNet ne se caractérise pas par une recherche de l’originalité à tout prix, mais plutôt par cette volonté omniprésente de donner une vraie valeur ajoutée à chaque élément du jeu, de ne pas les réduire à une simple liste de fonctionnalités qui feraient jolie sur la jaquette mais qui se trouveraient dénuées d’intérêt une fois en jeu. L’exploration du monde est à ce titre un excellent exemple. Prenez n’importe quel autre MMO : vous constaterez que cet aspect se résume à quelques points d’expérience débloqués lorsque l’on traverse une nouvelle zone, et à quelques paysages de carte postale que l’on contemplera, ou pas, en traçant la route d’un donneur de quête à un autre.

Capture d'écran Guild Wars 2 Capture d'écran Guild Wars 2
Avantage d’un moteur un poil désuet mais peu gourmand : c’est joli même sur une machine modeste.

Dans Guild Wars 2, la découverte de la Tyrie prendra au contraire une bonne part dans le plaisir de jeu. Ainsi, les différentes régions proposées regorgent littéralement de surprises à mettre à jour : il s’agira parfois de sites haut placés qui vous offriront des points de vue imprenables sur telles ou telles cités. Ailleurs, il s’agira de l’antre d’un boss, refugié au fond d’une grotte uniquement accessible par un réseau de tunnels cachés sous l’eau, ou d’un coffre abandonné dans l’épave d’un navire, et renfermant quelques précieux objets. Par ailleurs, ces phases de libre exploration ne nécessiteront pas de fouiller chaque centimètre carré de terrain pour être complétée. Tous les points d’intérêt sont dument signalés sur la carte, la contrainte étant, une fois sur place, d’atteindre un endroit précis, ce qui pourra nécessiter un peu de réflexion ou d’habilité, ou les deux. Par ailleurs, outre des points d’expérience, le fait d’explorer tous les recoins d’une zone vous donnera accès à des récompenses souvent très utiles : bonus temporaires d’expérience, sacs d’inventaire plus grand, etc… Alors bien sûr, vous allez nous dire : tout ça, c’est bien sympa, mais le temps que l’on passe à se balader, on ne le passe pas à résoudre de la quête, ou à farmer du monstre velu. Détrompez-vous ! C’est justement là que l’on réalise toute la cohérence du truc : exploration et progression ne sont pas deux choses distinctes ! Tout se fait conjointement, grâce à un système d’évènements dynamiques, qui va venir remplacer les sacro saints PNJ avec des points d’exclamations posés sur la tête.

Attention : événement méchant !

Pour ceux qui n’auraient pas lu notre "incroyable" preview il y a quelques semaines, réexpliquons quelques bases. Dans Guild Wars 2, les quêtes ne sont pas gravées dans le marbre, avec des PNJ poteaux dont l’existence se résume à ajouter des lignes à votre journal de bord. Ici, vous vous promenez, vous ramassez quelques composants de crafting, et d’un coup, un encart apparaît sur votre interface, vous prévenant de l’imminence d’un événement. Cet événement pourra être isolé (un marchand croisé sur la route qui vous demandera de l’escorter), imbriqué dans un contexte géopolitique plus poussé (les humains sont en conflit avec les centaures dans la région, et vous demandent d’intervenir en leur faveur). Le truc, c’est que rien ne vous oblige à prendre part à l’action. Vous pouvez très bien passer votre chemin parce que vous avez autre chose à faire (comme de poursuivre votre quête histoire), ou simplement parce que vous aurez préféré vous impliquer dans un autre événement un peu plus loin. De toute façon, ces distractions impromptues apparaissent très régulièrement, vous ne perdrez rien à en rater une.

Capture d'écran Guild Wars 2 Capture d'écran Guild Wars 2 Captures d'écran Guild Wars 2 Capture d'écran Guild Wars 2
Certains événements vous paraissent obscurs ? Demandez donc à un PNJ, ils sont là pour ça.

Et si vous décidez d’intervenir, pas besoin de parler à un personnage spécifique, ou de grouper : il suffira d’entrer dans la zone d’action, et de participer. Vous serez alors récompensés en fonction de vos actions, qui ne consisteront d’ailleurs pas toujours à étriper du monstre par paquet de douze. Si l’on reprend notre exemple d’un conflit humains contre centaures, il sera tout aussi gratifiant de soigner les soldats blessés, ou de réparer les armes de sièges, que d’amasser les cadavres de quadrupèdes. Maintenant, nous parlions de contexte géopolitique juste avant, revenons un peu sur cette notion. Imaginons que le conflit humains - centaures vous indiffère totalement, et que tous les joueurs autour de vous aient la même réaction. L’armée centaure va alors progresser, et peu à peu, prendre le contrôle des bastions humains. Conséquence : les marchands vont se faire la malle, les points de téléportation vont disparaître, et certains points d’intérêts deviendront franchement compliqués à atteindre. Pire : les chefs centaures, des boss, pourront décider que leurs nouvelles positions sont suffisamment stables pour s’y installer, rendant la reprise des bastions encore plus compliqués. Au final, on obtient un monde plein de surprises, sans cesse en mouvement, grâce à des événements qui s’enchaînent avec une grande fluidité, et une progression qui accompagne la découverte de l’univers sans la brider en aucune manière. Bref, un vrai bonheur…

Capture d'écran Guild Wars 2 Capture d'écran Guild Wars 2

Consulter la galerie complète (29 images)

Toutefois, notez que si le système se montre effectivement très pratique, et particulièrement agréable au début, on ne peut nier qu’il perd en efficacité après quelques heures de jeu. En termes de gameplay, on reste quand même majoritairement sur du bashing de monstres. Du bashing bien enrobé, mais du bashing quand même. Egalement, l’affluence de joueurs dans les événements fait qu’on est rarement mis en danger. Notamment dans ceux impliquant de puissants boss, la victoire se décide bien plus au nombre qu’à la finesse tactique. Les gens arrivent, balancent la purée jusqu’à ce que la créature trépasse, et éventuellement, les plus sympas prennent un peu de temps pour relever les blessés. Enfin, ce système prend complétement le pas sur la trame personnelle de notre personnage, la rendant au mieux anecdotique. En même temps, il faut reconnaître que l’histoire qui nous est contée n’est pas des plus intéressantes, se contentant de rassembler tout ce que l’heroïc fantasy comprend de poncifs. Sans aucun doute, Guild Wars 2, contrairement à ses concurrents SWTOR, ou The Secret World, se pose moins comme une expérience narrative que comme un grand parc d’attractions à explorer. Et après tout, soit… Tant que le plaisir de jeu est là (et c’est le cas), on n’y voit aucun problème. Et de toute façon, Guild Wars 2 a plus d’une corde à son arc pour séduire.

Voir la Tyrie, et mourir

Car nous n’en avions pas encore parlé jusqu’ici, mais si nos aventures en Tyrie ont un côté si enchanteur, c’est aussi grâce à la qualité de la direction artistique. Une direction qui a pourtant dû faire avec un moteur de jeu pas forcément au taquet. Logique, lorsque l’on remet cet aspect en perspective avec le temps qu’a duré le développement : pas de gestion de DirectX 11 donc, des textures qui manquent parfois de relief, des animations un peu rigides. Et puisque l’on est dans les détails techniques, notez que le jeu nous a posé quelques soucis sur les cartes graphiques Nvidia. En fait, le driver WHQL actuel (301.42) ne nous a tout simplement pas permis de démarrer le jeu, engendrant dans la foulée un crash du gestionnaire graphique. La punition fut moins lourde avec le driver bêta 306.22, mais le démarrage n’était toujours pas garanti, et l’option 3D stéréoscopique ne s’activait pas.

Capture d'écran Guild Wars 2 (LD) Capture d'écran Guild Wars 2 (HD)

Capture d'écran Guild Wars 2 (LD) Capture d'écran Guild Wars 2 (HD)
Différents rendus selon les réglages graphiques : options au minimum à gauche, et au maximum à droite.

Finalement, seule la version bêta 304.79 nous aura donnée satisfaction, nous permettant de goûter à des effets 3D relief bien gérés dans l’ensemble, même s’il subsistait quelques erreurs de profondeur sur certains éléments (vous trouverez sur notre compte 3DVisionLive quelques captures, réalisées avec le profil par défaut du jeu et une profondeur à 50%. Cela devrait vous donner une idée concrète du rendu). Bref, vous l’aurez compris, la partie technique reste perfectible. Toutefois, comme nous le disions, cette partie visuelle est sauvée par le tour de force de l’équipe de design, qui nous sort un univers d’une richesse tout à fait incroyable : les effets de lumières, aquatiques ou climatiques, sont nombreux et variés. A côté de ça, certains sites sont de purs moments d’extase, comme cette ville composée de vieux galions accrochés à un flanc de montagne, ou cette cité du Promontoire Divin qui respire la vie, avec ses petites allées, ses marchands à la criée, ses paysans qui baillent… Et puis l’avantage d’avoir privilégié l’artistique sur le technique, c’est que le jeu reste sympa à jouer, même sur une configuration modeste, comme en attestent les chiffres ci-dessous. Même notre mètre étalon de la vieillerie, notre fidèle portable doté d’un chipset ATI HD 4850, s’en est sorti honorablement, avec un 25 FPS de moyenne pour des réglages oscillant entre le moyen et l’élevé.

Bench Guild Wars 2

La guilde attitude

Bien… Arrêtons-nous quelques instants pour souffler et résumer tout ça : pour l’instant, Guild Wars 2 est beau, dynamique, très agréable à parcourir et à découvrir. Ce sont évidemment des points importants, mais le joueur de MMO demande plus. Et notamment, il demande des activités de groupe qui envoient du petit bois bien tassé. Et là encore, oh surprise : ArenaNet rivalise avec les meilleurs. Ainsi, on pourra tester nos aptitudes et notre capacité à se coordonner avec d’autres dès le niveau 30. Il faut savoir que chacun de ces donjons sera accessible selon deux modes : un premier mode « histoire », plus narratif, qui permettra de découvrir les différentes difficultés proposées, puis un mode exploration, allégé de toutes les cinématiques, mais beaucoup plus exigeant sur un plan tactique. Une prise en main plutôt douce, donc, qui sera rendue nécessaire par la nouvelle approche voulue par ArenaNet vis-à-vis du jeu en groupe. En effet, terminé le temps où les rôles se répartissaient entre tank, heal, et DPS. Avec Guild Wars 2, il faudra maintenant penser en termes de combo, les joueurs devant se coordonner entre eux pour multiplier les effets de leurs sorts respectifs. Un exemple tout bête : un élémentaliste invoque un mur de feu. Toutes les flèches que notre rôdeur tirera au travers vont s’enflammer. Et des synergies comme celle-là, il en existe entre chaque classe de personnage, si bien qu'elles en deviennent toutes interchangeables. Plus besoin d’attendre des plombes qu’un tank ou un heal viennent compléter un groupe.

Capture d'écran Guild Wars 2 (1) Capture d'écran Guild Wars 2 (5)

Capture d'écran Guild Wars 2 (6) Capture d'écran Guild Wars 2 (4) Capture d'écran Guild Wars 2 (2) Capture d'écran Guild Wars 2 (3)
On va être franc : on avait pas pris autant de plaisir dans un mode PvP depuis longtemps

Bien entendu, ce principe de combo sera tout aussi efficace lorsque l’on passera en mode PvP. Un mode, qui, une fois de plus, brillera par son équilibre, sa facilité d’accès, et le plaisir qu’on en retirera, qu’il s’agisse des affrontements via les champs de bataille, ou en monde contre monde. Au chapitre des excellentes idées, on notera par exemple la séparation distincte entre progression PvE et PvP. Ainsi, une fois dans l’arène, tous les joueurs sont propulsés au niveau 80, avec tous les points de compétence et aptitudes qui vont bien. Ils hériteront également d’une nouvelle barre d’expérience, qui progressera au fil des kills et des assists, et chaque passage de grade sera synonyme de cadeaux, qui seront utilisables pour d’autres activités, comme le crafting. Les différents terrains sont également parfaitement pensés : on prend ses marques très vite, et les cartes sont remplies de petites subtilités tactiques.

La bataille de Khylo propose par exemple un décor plutôt urbain où les archers trouveront de nombreuses positions hautes. Dans le même temps, des catapultes seront disponibles pour détruire ses bâtiments. Sur Capricorne, un point de conquête se situera sous l’eau, et sera protégé par des requins. Difficile à prendre, ce site sera en revanche facile à tenir, puisque les requins se rangeront du côté de l’équipe qui dominera l’endroit. Non, vraiment, on pourrait continuer à aligner les compliments comme ça durant des heures, mais à quoi bon : le fait est qu’ArenaNet a maitrisé son sujet de bout en bout, offrant à ses fans un panel d’activités à la fois variées, abouties, et gratifiantes.

Par ailleurs, et si l’on exclut les quelques problèmes que nous avons rencontrés avec les drivers Nvidia, et le problème lié à l'utilisation de serveurs de débordement (si votre serveur est plein, vous êtes redirigé vers un serveur d'attente le temps qu'une lace se libère. L'intention est louable, mais pose des problèmes pour les gens qui veulent grouper, dans la mesure où ce reroutage arrive encore très souvent), le jeu propose un niveau de finition exemplaire. Une qualité pareille, couplée à un modèle économique ouvert à tous, devrait lui assurer un avenir au moins aussi radieux que celui qu’a connu son prédécesseur, Guild Wars premier du nom. Good job, messieurs les développeurs !

LE VERDICT

Ces 5 années d'attente n'auront pas été vaines. Le titre d'ArenaNet nous offre un joli parc d'attractions, dans lequel aucun élément ne semble avoir été négligé. Si l'on ajoute à cela un modèle économique particulièrement attractif, Guild Wars 2 devrait se poser comme le MMORPG de l'année 2012, sous réserve que la quatrième extension de World of Warcraft ne viennent pas lui chiper la place au dernier moment (toujours se méfier du Blizzard qui dort !).

Les plus
  • Le contenu de ouf
  • Le dynamisme de l'univers
  • Une direction artistique envoûtante
  • Enfin du vrai monde contre monde !
Les moins
  • Partie narration un ton en dessous
  • Quelques soucis techniques à corriger
  • Principe d'événements parfois répétitif
  • Système de serveurs de débordement un peu pénible

Les commentaires sur ce document sont clos.

Publié le Par David Vandebeuque
Catégorie : Jeux Vidéo
11 commentaires
GALERIE D'IMAGES
POUR NOUS SUIVRE...
newsletter

ACTUALITÉS
Macworld
PCWorld