Test : The Cave
The Cave
Vous avez eu la chance de connaitre l’âge d’or des jeux d’aventure dans les années 90 ? Tout d’abord, bienvenu dans le club des trentenaires. Ensuite, vous serez ravi d’apprendre que The Cave renoue avec l’esprit et l’humour des point & click de Lucasarts, Maniac Mansion et Monkey Island en tête.
Si nous citons ces deux références absolues en intro de ce test, c’est aussi et surtout parce que The Cave en partage le même créateur : Ron Gilbert. Estampillé depuis des années « auteur poil à gratter du jeu vidéo », il est le géniteur de bon nombre de perles du jeu d’aventure, dépeignant à chaque fois un univers loufoque, barré, proche du non-sens. Et The Cave est une sorte de quintessence de tous ses délires, un cocktail savoureux de toutes ses obsessions, que l’on déguste avec délice, malgré quelques petits défauts.

Le nom des objets apparait dès que l'on passe devant... Et l'on ne peut en porter qu'un à la fois
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Mais concrètement, The Cave, c’est quoi ? Un jeu d’aventure revisité à la sauce plates-formes, où l’on incarne trois personnages à la fois, à choisir parmi sept, dès le début de la partie : il y a par exemple un chevalier qui a le pouvoir de se rendre invincible, des jumeaux maléfiques qui peuvent se dédoubler, une scientifique à lunettes capable de pirater des ordinateurs, ou encore un fermier redneck doté de la capacité à retenir son souffle à volonté.
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Le choix obligatoire de trois et seulement trois protagonistes en début de partie garantit en tout cas une bonne rejouabilité, puisque chacun a droit à un niveau qui lui est entièrement dédié : le chevalier se retrouve dans une parodie d’univers fantasy, alors que les jumeaux errent dans une maison victorienne et sinistre, digne d’un film d’animation de Tim Burton. Entre chaque séquence propre à un héros, des niveaux communs à tous font office une transition dans une histoire qui, à première vue, n’a ni queue ni tête.
Voyage au centre de la tête
Car le but de The Cave est d’explorer de plus en plus profondément une caverne, qui pourrait bien être la représentation de l’esprit tordu de Ron Gilbert : on passe d’une île déserte façon Monkey Island à un centre de recherche évoquant Day of The Tentacle, sans lien apparent. Mais ce n’est qu’à la fin que l’on comprend où l’auteur veut en venir : chaque tableau met en avant un défaut humain et le tout fait office de psychanalyse pour chacun des héros incarnés. Le choix est audacieux, d’autant plus que l’ambiance globale, forcément très loufoque, se dote parfois de touches macabres et/ou inquiétantes. On ressent alors un malaise étrange devant certaines scènes, partagé entre le rire et le frisson.

De gauche à droite : les options graphiques au minimum, puis au maximum
La plus grande réussite de The Cave est donc son atmosphère et son propos, bien plus profond que ce qu’il y parait. Côté gameplay, Ron Gilbert et son équipe ont digéré les codes du jeu d’aventure à l’ancienne, pour les régurgiter sous forme d’un jeu de plates-formes qui fait la part belle aux énigmes et à l’interaction. On passe ainsi son temps à switcher d’un héros à l’autre, à ramasser des objets pour les associer avec des morceaux de décors et à réfléchir à la façon la plus tordue de parvenir à l’autre bout du niveau. Là encore, on retrouve le gout de Gilbert pour les casse-têtes capilotractés, même si l’on n’atteint pas le n’importe quoi d’un Monkey Island 2 (vous n’aurez donc pas à utiliser un singe pour dévisser une bouche à incendie, rassurez-vous...).
Du coup, la progression est rarement frustrante, malgré des allers-retours constants dans le décor, du fait que les personnages ne se suivent pas automatiquement. Parvenu au bout de l’aventure (assez courte, comptez six heures), on regrette donc que certaines mécaniques de jeu n’aient pas été simplifiées. Mais, en dépit de ses lourdeurs de gameplay et quelques énigmes qui se répètent, The Cave fait un bien fou. Réinventant astucieusement le jeu d’aventure, il se place surtout comme un titre à l’ambiance envoutante, à la fois drôle et mystérieux, qui fait réfléchir même après l’avoir terminé. Merci, M. Gilbert, maintenant, on attend votre fameux Double Fine Adventure. Seriez-vous le dernier espoir du genre ?




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