Test : The Secret World

Funcom nous promettait un MMO qui ne ressemblerait à aucun autre. Un MMO mature, intelligent, et abouti. La réalité a-t-elle réussi à s'élever au niveau des espérances du développeur norvégien ?

La chose ne vous aura sans doute pas échappé, mais on est légèrement à la bourre sur ce test de The Secret World. Alors on aurait pu vous servir une jolie histoire impliquant des agents de la CIA, une attaque terroriste imminente, ou l’invasion d’une armée de robots tueurs dans nos bureaux... mais la vérité, c’est que nous avons dû faire face à ce que nous appelons dans notre jargon « un p… de bon jeu ». Alors bien sûr, quand il s’agit d’un Spec Ops The Line qui se boucle en dix heures, les conséquences sont minimes. Mais quand cela arrive sur un test de MMO, dont la durée de vie peut s’étaler sur plusieurs centaines d’heures, les délais rédactionnels en prennent forcément un coup, tiraillé que nous sommes entre l’envie de vous faire partager notre expérience, et celle de jouer jusqu’à ce que la faim ou la soif nous obligent à revenir à la réalité.

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Oui, The Secret World, le nouveau MMORPG des norvégiens de Funcom, se pose comme leur production la plus aboutie, et nous a largement envoutés. Pourtant, précisons-le, tout le monde ne goutera pas ce titre avec la même ferveur que nous, du fait de son orientation mature très particulière. Pour vous donner une idée de la chose, The Secret World se situe sur l’échelle du MMO à l’exact opposé d’un TERA : l’un offre un monde heroïc-fantasy ultra conventionnel, tandis que l’autre propose un univers contemporain entièrement original.

TERA repose par ailleurs sur une course à la puissance et des combats endiablés, là où TSW nous poussera sans cesse à la découverte et à la réflexion pour progresser. A tel point que l’on pourrait même le considérer plus comme un jeu d’aventure ou d’ambiance, que comme un véritable MMO. Du coup, comment s’y retrouver ? Comment s’assurer que cette approche originale vous conviendra autant qu’à nous ? C’est la réponse que nous allons tenter de vous apporter avec ce test à la forte inspiration biblique.

Y'a plus de niveaux

Stele commandement 01Dans la plupart des MMO traditionnels, les dix ou quinze premiers niveaux se plient en quelques heures à peine, notamment si vous êtes des habitués du genre. L’histoire qui vous est contée est en général relativement facile à intégrer, et tout est fait pour que votre chemin soit le plus balisé et le plus doux possible : les personnages sont surmontés de jolis points d’exclamation pour signaler leur importance, les morts sont rares, et une carte de la région vous indique clairement les directions à prendre à chaque instant.

Tout ça pour quoi ? Pour que vous puissiez sans peiner étoffer votre éventail de compétences, et atteindre le plus rapidement possible les premiers donjons, synonymes de premières difficultés. Bon, et bien tout ça, toutes ces mécaniques, il va vous falloir les oublier. The Secret World, comme nous le signalions en préambule, se présente avant tout comme un MMO d’ambiance, et de réflexion, où la découverte du monde prend complétement le pas sur la progression de votre avatar.

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Un navigateur internet est intégré au jeu pour vous aider à décrypter certains indices

Dans cette logique, il n’est pas envisageable de le rusher, pour arriver au plus vite au contenu intéressant. Le contenu intéressant, il est là, devant vous, et dès le départ : ce sont les dialogues, l’ambiance, l’intrigue, et toutes ces quêtes qui ne sont plus présentées comme une suite de points GPS, mais qui s’inscrivent dans une progression logique, qu’il vous faudra comprendre pour avancer. Par exemple, lorsque votre commanditaire vous propose d’aller trouver madame Michu pour l’interroger sur des événements étranges qui se déroulent dans la région, il faudra bien TROUVER la vieille bigote. Entendez par là, chercher son adresse dans un annuaire, ou consulter un registre informatique, puis regarder sur un plan de ville, et vous y rendre, le tout, sans qu’aucune indication particulière ne vous soit fournie (ou si peu).

Dans un autre registre, certaines quêtes toucheront plus au thème du survival horreur, ou de l’infiltration, dans des camps infestés de monstres élites qui vous croqueront s’ils vous repèrent. Bien sûr, on n’échappera pas toujours aux fameuses missions Fedex que le genre du MMO affectionne tant. Toutefois, dans The Secret World, elles ne seront plus la norme. Votre connaissance du contexte, de l’histoire des personnages, de l’univers, devra vous aider tout autant à progresser que votre puissance de frappe

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Certes, cette nouvelle approche paraîtra rébarbative à certains, et c'est en cela que TSW pourra décevoir. Toutefois, son assimilation sera largement facilitée par l’excellente idée des développeurs de supprimer la notion de niveau. Bon, en pratique, elle existera toujours plus ou moins, mais vous ne la verrez plus. De fait, le rush, ou la course à la puissance n’auront plus aucun intérêt. Et si vous tentez l’expérience, vous le constaterez surement : The Secret World est le seul MMORPG où après 20 heures de jeu, non seulement on n’a aucune idée de notre niveau de force, mais on ne s’en porte pas plus mal. Et puis avouons-le, si cette nécessité de s’investir dans l’univers, la recherche ou l’exploration passe si bien, c’est aussi parce que celui-ci est construit avec talent, créativité, et cohérence.

Les musiques sont envoutantes, et les textes sont particulièrement bien écrits et joués, même en version française, ce qui est assez rare pour être signalé. Une remarque qui s’appliquera également aux différents livres et tomes que l’on sera amené à parcourir, et dont le niveau d’écriture pourrait aisément rivaliser avec celui constaté dans Skyrim. Par contre, répétons le : si le fait de rester bloqué sur une énigme cause chez vous plus de frustration que d’envie, ou si vous privilégiez l’action à la réflexion, mieux vaudra passer votre chemin. D’autant plus que si les quêtes font montre d’une vraie démarche créatrice, les combats, eux, sont largement perfectibles, comme vous allez le voir.

Bim, bam, boum

Stele commandement 02Eh oui… Les combats, ce ne sera clairement pas le point fort du titre. En cause pour commencer, l’héritage du moteur graphique. The Secret World utilise en effet une version améliorée du fameux Dreamworld Engine d’Age of Conan, et si l’on ne peut que saluer la qualité de son rendu vis à vis des décors ou des effets graphiques, qu’ils soient pyrotechniques, climatiques, ou mystiques, on ne peut que regretter que les animations de personnages offrent un aspect toujours aussi rigide.

Franchement, on pourrait parfois comparer notre avatar à un pantin de bois auquel il manquerait des articulations. C’est un peu exagéré, comme image, mais c’est l’idée. Également, le rythme même des affrontements, avec des adversaires toujours très vifs, et donc impossible à tenir à distance, ne colle clairement pas à tous les styles d’armement. Ainsi, un personnage qui utilisera une lame ou un marteau, offrira une vision des choses plutôt crédible.

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Par contre, l’adepte des armes à feu ou plus généralement, du combat à distance, aura l’air un brin ridicule, puisque systématiquement tenu au corps à corps par son ou ses adversaires. Enfin, la limite qui consiste à ne pouvoir accéder qu’à un panel de 7 compétences actives dans sa barre de raccourcis réduit drastiquement les possibilités tactiques au quotidien. Et cette limite est d’ailleurs d’autant plus frustrante lorsque l’on voit la quantité ahurissante de pouvoirs auquel on a finalement accès (plus de 500 déblocables en théorie). Devant une telle abondance, on rêverait de pouvoir s’offrir un peu de polyvalence, et malheureusement, c’est exclu : deux attaques de zones, et deux attaques mono cibles complémentaires, un buff, un soin, et un contrôle… Hop, ça fait 7, c’est terminé. Cela dit, ce système de compétences n’a pas que des défauts.

Y'a un raccourci, où ça ?

Stele commandement 03En effet, cette roue de compétences, appelée également nexus des pouvoirs, est l’une des grandes nouveautés proposés par Funcom. Le principe est simple : en complétant des missions ou en résolvant des énigmes, le joueur gagnera deux types de points de compétence. Le premier lui permettra d’améliorer sa maîtrise générale dans le maniement d’une arme : cela pourra être une arme blanche (lame ou marteau), un type de magie (chaos, élémentaire), ou un type d’armes à feu (fusil, ou pistolet).

Le second, quant à lui, débloquera de nouvelles compétences dans le nexus. Au total, nous le disions plus haut, plus de 500 pouvoirs sont déblocables. Par contre, notre barre de raccourcis ne pourra en intégrer que 14, 7 actifs, et 7 passifs. Dès lors, ce sera au joueur de choisir les pouvoirs qui lui serviront le mieux en fonction d’une situation donnée, sachant qu’il pourra enregistrer différentes configurations, et passer de l’une à l’autre en quelques clics (hors combat)

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Honnêtement, et en dehors du caractère réductif lié au nombre d'emplacements de la barre de raccourcis, le système fonctionne plutôt bien. On peut à volonté changer de style de tanking, multi cibles ou mono cible, ou même carrément, de rôle, selon la tactique à adopter et les besoins d’un groupe. D’autre part, cette approche met fin aux déséquilibres de répartitions des personnages, qui faisaient qu’on avait 1 tank ou soigneur pour 20 DPS en moyenne, simplement parce que cette dernière catégorie était notoirement moins difficile à monter en solo que les deux autres. Pour autant, le système est-il parfait ? Certes non ! Déjà, la quantité, c’est cool, mais il aurait fallu trouver un moyen d’organiser tout ça de manière à ce que l’ensemble soit un peu plus lisible. Funcom a bien sûr intégré des archétypes pré étudiés qui sont censés vous guider pour la construction d’un premier personnage.

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Toutefois, problème n°1 : les descriptif ne font pas trop référence aux notions de tanking, de DPS ou de soigneurs, ce qui est un peu gênant quand on arrive dans un groupe ensuite et qu’on nous demande quel rôle on prend. Problème n°2 : les archétypes fournis sont des schémas qui intègrent des compétences de mid ou de endgame, et donc, hors d’atteinte pour le débutant. D’une manière plus générale, le système créé par Funcom ne révèlera véritablement son potentiel qu’une fois débarqué dans la seconde zone de jeu, l’Egypte. Autrement dit, après un bon paquet d’heures de jeu.  Et en attendant, on fait quoi ? C’est simple : on se concentre sur une arme de base, que l’on développe sur un premier niveau, ce qui doit nous fournir un premier build équilibré pour avancer en jeu. Ensuite seulement, on commencera à chercher un peu de spécialisation, du côté des compétences « marteau » pour le tanking, ou « magie du sang » pour les soins ». On tâtonne, quoi…

Endgame, game-over ?

Stele commandement 04D’autre part, le revers de la médaille de ce système très souple, où un même personnage peut facilement adopter une configuration de tank, puis passer sur un profil de soigneur, selon les besoins est qu'il signe la fin du rerolling, ce qui va de fait, entamer la durée de vie du jeu. Une durée de vie qui va d’ailleurs être victime de ce que l’on pourrait appeler « le syndrome SWTOR ». Traduit en des termes clairs, cela signifie qu’en tant que MMO orienté histoire et narration, la durée de vie, et l’intérêt du jeu seront basé principalement sur la découverte de son contenu : quêtes, missions, mystères à élucider. Une fois arrivé au bout de tout ça, on risque fort de se retrouver en manque d’activité. Pire : le endgame a l’air encore moins fourni que son équivalent dans une galaxie très très lointaine...

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Ainsi, au moment où j’écris ces lignes, il n’y a aucun raid encore disponible, et seulement huit donjons à arpenter en groupe de 5, avec trois niveau de difficulté pour chacun. Quant au PvP, il n’est constitué que de deux champs de bataille et d’une zone persistante un peu plus large. Funcom a bien sûr d’ores et déjà annoncé l’arrivée très prochaine de moult contenus supplémentaires, mais BioWare nous avait chanté la même chanson, et on voit ce qu’il est finalement advenu. Par contre, sans avoir terminé le jeu, on peut malgré tout supposer que Funcom pourra disposer de plus de temps pour se préparer à la suite, ne serait que par l’aspect réflexion qu’imposeront certaines quêtes.

Le MMO 64 bits

Stele commandement 05Un aspect sur lequel Funcom était également très attendu : c'est la partie technique. Beaucoup d’entre vous se souviennent sans doute du nid à bugs qu’était Age of Conan à sa sortie, et pour être franc, nous donnions assez peu de crédit au développeur norvégien sur ce nouvel essai, compte tenu des galères que nous avions essuyées durant la phase bêta. Eh bien nous nous trompions.

Le jeu est stable, très beau (en dehors des aspects liés à l’animation dont nous vous parlions un peu plus haut), et reste jouable sur une configuration modeste, tel notre fidèle portable doté d’un Quad Core 2 GHz, de 4 Go de Ram, et d’une ATI HD4850 1Go (concrètement, ça tourne dans de bonnes conditions en 1680 x 1050, sur des réglages moyens, avec antialiasing FSAA activé). Cela étant dit, vu le niveau de prestation offert par le moteur de Funcom, il est franchement conseillé de lancer la bête sur des machines un peu plus enlevées.

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De gauche à droite, les paramètres de tessalation désactivés, puis activés

Jugez plutôt : The Secret World supporte par exemple les effets de tessalation sous DirectX 11, permettant d’offrir un peu plus de volume à certains décors. On devrait également avoir sous peu le support de la 3D stéréoscopique. Enfin, le jeu sera le premier à utiliser le nouvel algorithme d’anti-aliasing, le TXAA, de Nvidia, et dont vous pourrez profiter si vous disposez d’une carte du constructeur série 600, et avez installé les drivers bêta qui vont bien (304.79). Bref du bonheur… Enfin, presque.

C’est vrai que Funcom nous avait habitués à des finitions beaucoup moins carrées. Du coup, on a tendance à s’enflammer légèrement quand il nous sorte un jeu à la fois beau et stable. Mais cela ne signifie nullement que celui-ci soit exempt de bugs. Des problèmes, il y en a, allant des étapes de quêtes qui ne se réinitialisaient pas correctement au système de sauvegarde pour les configurations de pouvoirs un peu capricieux. Mais pas plus que dans d'autres MMO (genre SWTOR), et pas suffisamment nuisible pour véritablement dégrader l’expérience de jeu.

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De gauche à droite, les paramètres graphiques configurés au minimum, puis au maximum

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Par contre, sachez-le, parce que ce n’est pas précisé : quand on vous dit « OS requirement : Windows XP (SP 1)/Vista (SP 1)/Windows 7 (SP 1) », on parle de version 64 bits, hein ! Non parce que The Secret World et les systèmes 32 bits, c’est comme de croiser les effluves, c’est mal ! Plus sérieusement, le problème faisait déjà l’objet de milliers de pages de critiques avec Age of Conan, et il est toujours d’actualité : la limite de gestion de mémoire des OS 32 bits semblent poser d’énormes difficultés au moteur de jeu de Funcom, difficultés qui se traduiront par des retours très fréquents sur le bureau Windows, à moins que vous ne mettiez votre système à jour.

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Et nous voilà enfin arriver à la fin de ce test. Clairement, le titre de Funcom mérite le respect. Parce que le développeur a réellement fait de gros efforts, sur le fond, comme sur la forme par rapport à ses précédentes productions, mais surtout, parce qu’il a osé se lancer dans une réforme en profondeur des codes qui figent le MMORPG depuis trop d’années, et qu’il l’a fait avec un certain brio. Pour tout cela, The Secret World mériterait de briller et d’engranger les fidèles. Seulement voilà : le talent ne fait pas tout. La réalité économique du marché fait que les temps sont de plus en plus durs pour les MMO payants, et qu’il y a de fortes chances que le titre soit voué à un passage en free to play dans un avenir pas si lointain, à la manière de SWTOR, par exemple, qui s’en rapproche de plus en plus (le jeu intègre d'ailleurs déjà une boutique en ligne, qui inclut des boosters pack, ou quelques animaux de compagnie). Quoi qu’il en soit, et quelque soit l’avenir de son modèle économique, on espère que ce MMO perdurera, et qu’il continuera à nous faire profiter de son approche mature et intelligente encore longtemps.

The Secret World - Sortie le 03 juillet 2012 - Environ 50€ + 14,99 € / mois
Config' minimum : Processeur dual core 2,6 GHz, 3 Go de RAM, carte graphique NVIDIA 8800 512 VRAM/ATI HD3850 512MB, 30 Go d'espace libre sur le disque dur

LE VERDICT

The Secret World n'est pas parfait. Des défauts, il en a, et certains assez importants. Pourtant, impossible de lui en vouloir tant le jeu de Funcom nous a tapé ans l’œil. Et pas que dans l’œil. Franchement, proposer un tel univers, c'est quasiment du jamais vu pour le genre, alors que les quêtes sont un pur bonheur. Un grand MMO auquel il ne manque en l'état que deux choses : des combats plus intéressants, et du contenu à haut niveau.

Les plus
  • L’univers cohérent et immersif
  • L’ambiance visuelle et sonore
  • L’intelligence et la diversité des quêtes
Les moins
  • Des combats sans éclat
  • PvP et Endgame pas très intéressants
  • Système de compétences intéressant, mais brouillon

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Publié le Modifié Par David Vandebeuque
Catégorie : Jeux Vidéo
11 commentaires
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