JMicron et SSD, voilà deux mots dont l’association rappelle de mauvais souvenirs. En effet, le contrôleur JMicron JMF602 a été largement utilisé par de nombreux fabricants de SSD simplement parce qu’il était un des rares disponible sur le marché et qu’en sus il n’était pas cher. La suite, on la connaît avec des consommateurs déçus et frustrés à l’arrivée. Si les SSD basés sur le JMF602 se comportaient plutôt bien en écritures et lectures séquentielles et offraient de bons débits avec la manipulation de gros fichiers, les opérations d’écritures aléatoires et le traitement des petits fichiers étaient simplement catastrophiques ! Il en résultait des gels d’écran dans Windows ou une incroyable lenteur lors de certaines opérations. Les coupables étaient d’une part l’impossibilité d’adresser une mémoire cache externe au contrôleur mais aussi une quantité de mémoire on-die insuffisante de 32 Ko seulement. Quand on sait que les cellules de mémoire flash sont généralement organisées par blocs de 128 Ko, cela ne va pas sans poser de problèmes. Largement adopté au début, ce contrôleur a progressivement été abandonné au profit du contrôleur Samsung mais surtout du contrôleur Indilinx Barefoot qui fait actuellement les beaux jours de nombreuses marques. Il faut en effet avouer qu’il est convaincant même s’il souffre d’une dégradation des performances au fil du temps, défaut pallié par le TRIM sous certaines conditions.
JMicron réagit avec un nouveau contrôleur baptisé JMF612. Ce dernier aura fort à faire pour redonner un peu de crédit à la marque sur le marché des SSD et certaines firmes comme OCZ ne savent pas encore s’ils retenteront l’expérience avec la firme taïwanaise. Ce JMF612 corrige les erreurs du JMF602 et est enfin capable d’adresser une puce de mémoire externe pour faire office de cache. La taille de cette puce DDR ou DDR2 peut varier de 128 Mbits à 2 Gbits, soit de 16 à 256 Mo. Le contrôleur en lui-même se dote de 128 Ko de mémoire cache et de 32 ko de mémoire ROM programmable. Ce JMF612 supporte les puces de NAND Flash gravées en 5x, 4x et 3x nanomètres. JMicron évoque le support des puces MLC Samsung, Toshiba, Hynix, Micron and IM Flash. Pas un mot pour le moment sur le support éventuel de puces SLC. Ce contrôleur est compatible avec la norme S-ATA 3 Gbps mais aussi avec l’USB 2.0, Jmicron continuant d’inclure la possibilité de connecter les SSD en USB 2.0. La firme taïwanaise annonce des débits séquentiels de 250 Mo/s en lecture et de 200 Mo/s en écriture, le tout dépendant bien entendu des puces de Nand Flash utilisées.

Pour ce test, nous tenons à remercier A-DATA qui nous a fourni un exemplaire de son dernier SSD, le S596. Notre version est le modèle embarquant 128 Go de puces MLC. Il est au format 2 pouces et demi et protège le PCB par une coque en aluminium. Sur cette dernière, on a droit à une diode qui témoigne de la mise sous tension et de l’activité du disque. A l’intérieur on trouve un PCB embarquant le contrôleur JMF612 secondé par une puce de mémoire DDR2 Hynix H5PS1G83EFR d’une capacité de 128 Mo. Les puces de NAND Flash sont pour leur part des IM Flash, la marque créée conjointement par Intel et Micron. Il s’agit des « vieux » modèles 50 nanomètres 29F64G08CAMDB d’une capacité de 8 Go chacune. On en retrouve donc 16 de part et d’autre du PCB.
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Courbe des débits
Analysons les débits de ce SSD grâce à IOMeter en lecture et en écriture, séquentielle et aléatoire.
Lecture séquentielle
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On remarque une belle courbe de débits qui monte d’une manière bien régulière vers un débit final intéressant de 235 Mo/s. Le traitement des petits fichiers est très bon, d'un niveau équivalent au contrôleur Indilinx au début, avant que ce dernier ne perde en régularité. Le JMF612 est en définitive de peu derrière l’Intel mais devant le Samsung et largement mieux loti que le JMF602.
Ecriture séquentielle
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Le JMicron est ici devant l’Intel qui est limité à un peu moins de 100 Mo/s lorsqu’il est accompagné de puces MLC. Le JMF612 de son côté culmine à 160 Mo/s, nettement mieux que le JMF602 et un cran derrière le Samsung. L’Indilinx de son côté est souvent limité à 130 Mo/s dans cet exrecice mais fait mieux dans les tests pratiques. En comparant aux autres SSD, on constate des débits de peu inférieurs à l’Intel avec les petits fichiers pour le JMF612 mais légèrement supérieurs au Samsung. L’Indilinx de son côté démarre mieux avant un aplatissement caractéristique des débits avec des fichiers de 8 et 16 Ko. En résumé, le JMicron JMF612 offre une courbe régulière et ne se fait distancer que par l’Intel pour le traitement des petits fichiers, excusez du peu…
Lecture aléatoire
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En lecture aléatoire, le JMF612 propose une cassure étrangement identique au contrôleur Samsung. Ces deux contrôleurs nous semblaient déjà très proches mais là le mimétisme est surprenant, voire dérangeant. La seule différence est que le JMicron obtient des débits plus élevés et offre même la meilleure courbe à partir d’une taille de fichier de 128 Ko avec au final un débit de 232 Mo/s, se faisant doubler de peu par l’Intel. C’est encore l’Intel qui est d’ailleurs devant quand on observe les débits avec les fichiers compris entre 16 et 128 Ko. En-dessous de cette taille, c’est l’Indilinx qui est devant avant une fois de plus de se tasser à partir d’une taille de fichier de 128 Ko. On notera que sous une taille de fichiers de 32 Ko, le JMF612 est avant-dernier mais heureusement bien devant le JMF602 qu’il remplace.
Ecriture aléatoire
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C’est ici que le bât blesse pour ce JMF612, à l’image du JMF602 et du … Samsung. Les écritures aléatoires sont incroyablement faibles jusqu’à une taille de fichier de 4096 Ko. Au-delà, il se reprend et fait mieux que le Samsung et le JMF602 mais c’est un peu tard pour se réveiller. Ici, l’Intel et l’Indilinx restent les meilleures options.
H2Benchw : débits "avant/après"
Histoire de vérifier les effets de l'"usure" ou de l'utilisation du SSD, voici ses courbes de débits séquentiels sous H2Benchw qui effectue son test sur la totalité de la capacité du disque. Le test "avant" est effectué après un secure erase et le test "après" est opéré une fois tout le protocole de test terminé, ce qui inclut le très (trop) exigeant test d'écriture aléatoire. A noter que le TRIM sera supporté avec le prochain firmware qui est mis au point par A-DATA en collaboration avec JMicron.
Débits en lecture
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En lecture, on constate que notre exigeant protocole de test n’a pas d’effets négatifs sur les débits, ce serait même l’inverse avec une très légère hausse du débit séquentiel.
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En écriture, le JMicron JMF602 n’était que très peu affecté par notre protocole de test et c’est une fois de plus le cas du JMF612. Tout au plus note-t-on lors du premier run en mode "usé" que le débit baisse un peu avant de revenir à son niveau initial à mi-parcours. Lors du second run tout rentre dans l’ordre. Bref, a priori ce SSD n’a pas besoin du TRIM car il gère très bien l’usure… comme le Samsung.
Notre avis
Après ces multiples tests, le bilan est plutôt positif pour ce contrôleur JMicron JMF612, embarqué pour l’occasion dans un SSD A-DATA S596 128 Go. En le dotant enfin de 128 Ko de cache on-die et en lui conférant la possibilité d’adresser une mémoire externe, la jeune firme taiwanaise a répondu aux principales critiques qui s’étaient abattues sur leur premier contrôleur pour SSD, le tristement célèbre JMF602. A l’arrivée, on a droit à des débits de plus de 250 Mo/s en lecture séquentielle lors des tests théoriques et bien au-delà des 200 Mo/s lors des tests pratiques effectués en manipulant des gros fichiers. En outre, le comportement avec les petits fichiers est excellent, du niveau des meilleurs contrôleurs du marché. L’écriture n’est pas en reste avec près de 170 Mo/s lors des tests synthétiques et près de 150 Mo/s durant nos tests pratiques. Les courbes IOMeter en écriture séquentielle nous ont aussi montré que JMicron avait nettement amélioré le traitement des petits fichiers, bien que cela reste un cran en-dessous des contrôleurs Indilinx, Samsung et Intel. Cerise sur le gâteau, l’usure est quasi inexistante et les débits restent constants, y compris après une très grosse charge comme notre test d’écritures aléatoires sur l’intégralité du disque durant plus de 4 heures. Le TRIM ne sera pas nécessaire et de toute manière ce contrôleur n’est pas compatible avec la commande TRIM, pour l’instant. Dernier point positif : le port USB 2.0, toujours pratique pour transférer des données rapidement sur un autre PC.
Bien évidemment, tout n’est pas rose et il y a quelques problèmes avec ce nouveau contrôleur JMicron. C’est au niveau des écritures que quelques soucis sont apparus. Premièrement, certaines sessions IOMeter ont fait état de chutes soudaines du débit, qui passait alors de 150 Mo/s à 55 Mo/s. Le test H2Bechw qui effectue des tests sur l’intégralité du disque a également révélé des chutes régulières du débit en écriture, tombant également sous les 60 Mo/s. Enfin, lors de tests de copie proche avec des gros fichiers, nous avons pu constater le même phénomène avec une chute des débits vers les 30-35 Mo/s en plein milieu du test avant de repartir de plus belle vers de meilleurs taux de transfert. Malgré des Secure Erase, nos tests répétés maintes fois ont abouti aux mêmes constatations.
Second problème : les écritures aléatoires. Si ces opérations sont moins fréquentes que les écritures séquentielles, elles peuvent néanmoins survenir sur des disques fortement remplis. Dans cet exercice, le JMicron JMF612 est très mauvais, tout comme l’était le JMF602 et tout comme l’est le contrôleur Samsung équipant la série des SSD PB22J. Par ailleurs, le JMF612 a fait preuve de nombreuses similitudes avec le contrôleur Samsung au point que nous sommes arrivés à nous demander si ce n’était pas un contrôleur Samsung rebadgé ou si JMicron n’avait pas copié Samsung.
Succès assuré pour le JMF612 de JMicron ? A priori oui, si certains soucis sont rapidement réglés
Enfin, nous avons rencontré des problèmes de stabilité. En effet lors de tests poussés, Windows perdait le disque, il n’était plus reconnu. Parfois après un redémarrage, il revenait mais parfois il fallait attendre une dizaine de minutes. En le connectant en USB, le constat était le même sauf sur notre portable, seul PC du labo encore sous Windows XP et non sous Seven ou Vista. Faut-il y voir un lien ? Difficile de répondre. Las de ces bugs, nous avons décidé de refroidir le SSD en le plaçant sous le gros ventilateur de l’Antec Skeleton de notre plateforme de test. Il y eut alors moyen d’achever une session IOMeter d’écritures aléatoires sans plantage. Mais il y en eut encore et nos deniers tests se sont achevés avec le PCB à nu, toujours refroidi par l’Antec. Les problèmes se sont faits plus rares mais il y en avait encore de temps en temps. La surchauffe est-elle à ce niveau à exclure étant donné que les puces ne dépassaient pas les 45°C ? Faut-il par contre l’envisager parce qu’encapsulé dans sa coque en aluminium, le SSD plantait davantage ? Est-ce à attribuer à un firmware pas encore mûr ? Peut-être étant donné qu’A-Data nous a envoyé un des tout premiers exemplaires de son SSD avec un firmware tout récemment mis au point. Espérons-le car ce serait dommage de gâcher le potentiel de ce contrôleur par de tels bugs, tout comme les SSD Intel X25-M ont vu leur réputation entachées par des pertes de partition ou des données corrompues
La seule conclusion que nous pouvons d’ores et déjà tirer c’est qu’acheter un SSD basé sur le JMicron JMF612 ne sera plus une punition comme c’était le cas avec le JMF602. Par contre, il faudra attendre de voir les prix des SSD basés sur le JMicron JMF612 pour se faire une idée de son succès futur. S’il est vendu au même prix que les Intel X25-M ou que les SSD basés sur l’Indilinx, il ne sera pas forcément intéressant. Mais JMicron est avant tout une firme misant le bas et le milieu de gamme et il y a donc fort à parier que les prix seront inférieurs aux autres SSD. Comme on dit dans ces cas-là, wait and see…
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