Test : Microsoft Surface RT

La voilà enfin dans nos mains, la tant attendue première tablette de Microsoft. Attendue oui, mais aussi très controversée : les témoignages déçus n’en finissent plus de fleurir sur le Net et il a été difficile de résister à l’appel du "bad buzz". Après une semaine de test « en immersion », voici notre verdict sur la Surface RT.

Roi incontestable de l’OS « fixe » depuis des décennies, Microsoft fait cependant figure de quatrième roue du carrosse dès que l’on parle de mobilité. Et pourtant, la firme s’est depuis longtemps essayée aux systèmes d’exploitation nomades, en témoignent des tablet-PC tournant sous Windows XP en 2002, ou tout un tas de Pocket PC et smartphones carburant sous Windows Mobile dès 2000. Oui, mais voilà : ça n’a jamais vraiment pris et il faut attendre l’arrivée d’Apple sur le marché, avec l’iPhone et l’iPad, pour que MS décide de tout remettre à plat et repenser totalement sa stratégie mobile. Si Windows Phone 7 a été une première étape, c’est surtout Windows 8 et ses dérivés qui sont censés ancrer pour bon la société sur ce marché incroyablement lucratif. L’aboutissement d’une grande part de ces efforts a désormais un nom : Surface. Première tablette entièrement conçue par Microsoft, la Surface se décline en deux modèles - RT et Pro - dont seul le premier est pour le moment disponible. C’est celui-ci qui nous intéresse aujourd’hui.

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Elle est de taille, mais elle a de la gueule

La surface RT est donc une tablette 10,6 pouces équipée d’un processeur Nvidia à quatre cœurs (Tegra 3), de 2 Go de mémoire vive, d'un écran IPS capacitif affichant une définition de 1366 x 768 pixels, d'une capacité de stockage qui oscille entre 32 et 64 Go (en théorie… nous y reviendrons) et des dimensions généreuses : 274 x 172 x 9,3mm pour 680 grammes. Elle se place du coup comme une des tablettes les plus volumineuses du marché, mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas un bel objet, loin de là.

En effet, le premier contact est excellent : avec ses formes droites, mais agréables au toucher et sa finition impeccable, la machine respire la qualité. Une impression qui se confirme sur la longueur, la Surface semblant être d’une solidité à toute épreuve. Au niveau du design, certains pourront lui reprocher un côté un peu « austère », mais on ne peut s’empêcher de trouver qu’elle possède une certaine classe. Les connecteurs et boutons sont, quant à eux, très bien placés et il a rarement été aussi simple d’ajouter un clavier à une tablette grâce à son système magnétique. On regrette juste que la béquille permettant de maintenir l’appareil en mode paysage ne soit pas plus inclinable, ce qui aurait pu apporter un meilleur confort d’utilisation. Mais, globalement, la finition et le design de la Surface sont ses vrais points forts.

Plus Ultrabook que tablette ?

Du côté de la connectique, l’absence de port mini-USB pour relier la tablette à un PC surprend au premier abord. Au lieu de ça, on trouve un port USB 2.0 qui permet de brancher une clé ou un disque externe. Passé l’étonnement, on comprend que MS voit la Surface comme un PC portable qui se transforme en tablette et non l’inverse, d’où l’impossibilité de la connecter à une autre machine. Au final, ce manque n’est pas vraiment pénalisant, d’autant plus que le fait de pouvoir brancher une clé et y lire directement ses fichiers s’avère extrêmement pratique. En dehors de cette petite fantaisie, on trouve un connecteur micro-HDMI et un système de recharge magnétique, mais propriétaire.

N’espérez pas recharger la Surface via un câble USB, donc. À cela s’ajoute une classique prise Jack 3.5 mm et un emplacement pour une carte micro-SD. On se retrouve au final avec une connectique très complète, qui place un peu plus la machine dans la catégorie des PC portables. En revanche, si le son restitué via un casque est excellent et puissant, on ne peut pas dire que les haut-parleurs fassent vibrer les murs, le niveau sonore maximum étant trop faible.

L’aspect extérieur de la Surface est donc globalement très réussi et on ne peut que saluer l’effort de Microsoft de proposer une première machine digne de ce qui se fait chez Apple, sur ce point tout du moins.


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Tenir la Surface à une main pourra vite s'avérer laborieux  

Un bel écran, mais une résolution décevante

Autre aspect primordial : l’écran. Encore une fois, ici, la première impression est très bonne. Le format 16/9 de 10,6 pouces fait vraiment la différence avec la concurrence et la dalle utilisée affiche de très bons contrastes, des noirs très profonds et peu de traces de doigts. Elle offre également une belle luminosité (380 cd/m2 au maximum) et son aspect brillant met bien en valeur l’image. On regrette cependant que la résolution affichée soit bien inférieure à celle d’un iPad Retina ou d’un Nexus 10 et se contente d’un timide 1366 x 768 pixels. Du coup, la finesse manque parfois à l’appel et un photographe exigeant risque de déchanter face à ce manque de précision. C’est d’autant plus rageant que le constructeur a manifestement fait des efforts remarquables pour nous proposer un écran de qualité.

Abordons rapidement la question de l’autonomie qui nous a semblé tout à fait correcte pour cette gamme de tablettes. En lecture vidéo, la Surface RT tient tranquillement pendant un peu plus de huit heures, avec le WiFi activé et la luminosité à fond. Pour une utilisation plus légère, vous pouvez compter sur une dizaine d’heures de batterie. L’iPad Retina fait légèrement mieux, mais la Nexus 10 beaucoup moins, en comparaison.

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La lecture de vidéo en 720p et 1080p se déroule sans souci

Windows RT : le talon d’Achille

"Du coup, on se retrouve face à un OS qui, pour le moment, doit s’utiliser sans application, ou presque"...

Maintenant que l’on a passé en revue les aspects purement matériels de la Surface, attaquons nous à l’essentiel : son utilisation au quotidien, ses performances et, surtout, la qualité de son OS : Windows RT. Comme l’a dit si bien Dell il y a quelques jours, l'appellation « RT » peut induire les gens en erreur et, de notre avis, ce choix de nom est clairement préjudiciable. De loin, Windows RT ressemble à s’y méprendre à Windows 8 : même interface « Modern UI » (anciennement Metro) en écran principal et même possibilité de basculer sur un bureau Windows classique d’un simple appui sur une icône.

Sauf qu’il y a une différence de taille : compatibilité avec les processeurs ARM oblige, il est tout simplement impossible d’installer une application x86 sur Windows RT et tout ajout de logiciel doit se faire par le Store Windows, qui est, à l’heure actuelle, franchement désert. N’espérez pas y trouver les derniers jeux en 3D dispo sur AppStore ou Google Play, des applis’ sociales aussi basiques que Facebook et Twitter, ou encore un lecteur vidéo alternatif. Il aurait été plus intelligent de regrouper le store Windows Phone et Windows RT, histoire de profiter d’une offre plus conséquente. Du coup, on se retrouve face à un OS qui, pour le moment, doit s’utiliser sans application, ou presque.

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Quoi qu'on en pense, l'interface Modern UI apporte un vrai vent de fraîcheur

Ceci étant dit, il apparait clairement que MS mise sur une utilisation très différente de Windows RT, loin des préceptes instaurés par iOS et Android. L’absence d’application Twitter ou Facebook est par exemple contrebalancée par une gestion des contacts totalement mutualisée, à l’image de ce qui se fait déjà sur Windows Phone. De même, MS mise énormément sur sa boutique de contenus et met largement en avant les vidéos et la musique disponibles sur les services Xbox Video et Xbox Music… Au détriment du reste.

Ajouter un film ou un album depuis une source externe est en effet tout sauf intuitif et on se retrouve à naviguer dans une arborescence sans fin pour lancer la moindre vidéo ou la moindre chanson. On regrette également que la tablette ne lise pas un format aussi répandu que le MKV, et qu’il faille attendre l’arrivée (hypothétique) d’un autre player sur le store pour espérer en profiter. Par contre, pour qui est friand d’achats de contenu directement sur le Xbox Store, la démarche est bien plus simple et agréable. Xbox Music propose par exemple un service d’écoute en streaming, façon Spotify ou Deezer, qui s’avère très complet et facile à utiliser, d’autant plus qu’il est gratuit moyennant quelques spots de pubs.

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Air Fever Soccer (à droite) : le jeu de "foot" qui fait marrer tout le monde à la rédac'

Un bureau inutile

Mais revenons à la philosophie plus globale de Windows RT qui, vraiment, reste assez déconcertante. On peut par exemple se poser la question de l’intérêt d’accéder à un bureau Windows classique, qui est en totale opposition une l’interface Modern UI parfaitement pensée pour le tactile. Pire : les applications Office proposées sur la Surface (Word, Excel, PowerPoint, OneNote) trônent fièrement en page d’accueil, mais, dès qu’on les lance, nous font obligatoirement basculer sur le Bureau. Le choc esthétique est rude. Le pire, c’est que ce Bureau ne sert pas à grand-chose d’autre, si ce n’est à copier quelques fichiers vers une clé USB ou utiliser des outils d’administration plus pointus, qui n’ont de toute façon pas grande utilité sur ce genre de tablette.

C’est là qu’on se rend compte du principal problème de la Surface : en essayant de rassembler l’univers des tablettes et celui de PC, la machine échoue sur trop de points. Les bugs sont fréquents et agaçants, le manque d’intuitivité général flagrant et les limitations trop nombreuses. Est-ce que Microsoft n’aurait pas dû partir sur une base vierge dans la conception de cet OS, au lieu de nous proposer un Windows 8 au rabais ?

Test Surface RT Test Surface RT
En dehors de Office et des outils de gestion classiques de Windows, le Bureau ne sert pas à grand chose

À l’usage, l’utilisation de la Surface souffle donc le chaud et le froid. Les possibilités offertes par l’accouplement aisé avec le clavier touch cover apporte, il est vrai, un confort bienvenu, qui s’accommode parfaitement de la présence d’Office sur la machine. En revanche, il va falloir un certain temps d’adaptation pour parvenir à taper correctement sur la touch cover, l’absence de sensation de frappe étant plutôt gênante. Si vraiment vous n’y arrivez pas, vous pouvez toujours investir dans le clavier physique « type cover », qui s’avère bien plus confortable. Une dépense facultative certes, mais peut être nécessaire, tout comme l’achat d’une carte SD, étant donné la taille indécente qu’occupe l’OS sur l’espace disque (entre la partition de restauration et l'OS, arrondissons à 16 Go). La facture s’élève donc rapidement pour qui veut profiter pleinement de la tablette de Microsoft. Encore une fois : dommage.

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Sur un benchmark comme Sunspider, la Surface (à droite) se fait légèrement distancer par l'iPad Retina

Réservée aux curieux ?

Si nous semblons aussi durs avec la Surface, c’est sans doute parce que, au-delà des problèmes évoqués, la machine apparait comme une tentative relativement ratée qui aurait pourtant pu être excellente. On le répète : l’interface Modern UI reste très agréable à utiliser, surtout en mode paysage, et la navigation entre les applis déjà installées est très intuitive, même si la gestion du multitâche est assez déroutante au premier abord. Pour qui n’utilise pas ou peu d’applis, et souhaitent expérimenter une tablette différente qui se veut à la croisée des usages, l'adoption peut valoir le coup. Mais il faut faire avec les bugs, les aberrations du Bureau et tout un tas de petits défauts qui, mis bout à bout, deviennent irritants. À 589€ (pour la version 32 Go), nous sommes de toute façon en droit d’exiger un produit mieux fini et mieux pensé.

LE VERDICT

Les belles promesses sont là, quelques choix audacieux sont payants, mais, en l’état, la Surface RT reste réservée au technophile curieux qui n’a pas peur d’essuyer les pots cassés d’une machine trop hybride, qui cherche encore sa place. Et si la renaissance venait de la Surface Pro qui, elle, tournera sous Windows 8, et devrait - on l’espère - se débarrasser des boulets imposés par Windows RT ?

Les plus
  • Design et fabrication impeccables
  • Modern UI
Les moins
  • Les aberrations de Windows RT
  • Criblée de petits bugs crispants

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Catégorie : High-Tech, Tablettes
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